Ce devait être Me Jean-Yves Le Borgne, c’est finalement Me Benoît Chabert, avocat du notaire Patrice Bonduelle, qui entame cette semaine de plaidoiries de la défense. Pour réclamer la relaxe de son client, il a choisi de s’appuyer sur le Droit. Rien que le Droit.

C’est un peu ça ce procès : un sentiment bizarre où on va essayer, à grand renforts de communication et avec insistance, de dire au tribunal et à la France : « attention, elle est victime, elle est victime ». Mais est-ce que le Droit est fondé sur les larmes ? Est-ce que le Droit est fondé sur la souffrance ? Est-ce que le Droit se fonde sur ce je ne sais quoi de désagréable qui est lié à l’image ?

Nous, on a tous vu, tous les matins les deux corbillards noirs qui arrivent. Leur place est réservée devant le palais de justice, les vitres teintées. Et en sortent une nuée de personne : mes quatre confrères des parties civiles, mais aussi plein d’autres. Et puis, on l’a vue tous les jours : Mme Lavarini [communicante de la famille Bettencourt-Meyers] partout présente.

(…) Quelques images rapides : le montant de quinze jours de Liliane Bettencourt en septembre 2011 : 334 441 euros. Donc, quand Liliane Bettencourt va décider de donner 500 000 euros à quelqu’un, cela correspond à vingt jours de ses vacances. Les frais de voyage annuels de Liliane Bettencourt s’élèvent à deux millions d’euros. Quand Liliane Bettencourt donne un million d’euros à quelqu’un, c’est la moitié de son budget vacances. Et je ne parle pas des habits etc. On est dans la démesure. La fortune Bettencourt est évaluée à 26 milliards d’euros, c’est quatre fois le budget annuel de la justice.

Lorsque le procès est extraordinaire, la rigueur doit être exceptionnelle. Le hasard a fait qu’on avait à Lille la démesure du sexe et ici la démesure de l’argent. Rien n’est pire que la morale en Droit pénal. La seule raison du Droit pénal, c’est le texte, rien que le texte

Pour être coupable d’abus de faiblesse, il faut qu’il y ait un désir particulier plus que le simple fait de savoir que la personne est vulnérable. Le simple fait de connaître la vulnérabilité ne caractérise pas l’infraction en Droit, c’est une certitude et c’est extrêmement important. Pour être complice, il faut qu’il sache que la fourniture de moyens donnés à l’auteur a pour effet de commettre l’infraction.

C’est pour cela que la relaxe que je plaide avec force pour Patrice Bonduelle, elle est de droit. Elle n’est pas au bénéfice du doute, elle est évidente. On a un magistrat instructeur qui renvoie pour complicité sans dire quel est l’acte de complicité. Il arrive que le tribunal dise, par la relaxe, que le juge d’instruction a eu tort. Et heureusement qu’il y a cela. Sinon le procès ne sert à rien.

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