Oise hebdo
Oise hebdo © DR

Un journaliste peut-il écrire sur la mort d’une personnalité sans risquer de se faire poursuivre par la famille du défunt pour atteinte à la vie privée ? C’est la double question journalistique et juridique que pose l’affaire « Oise-Hebdo » dans laquelle la famille de Cyrille H, un ancien poissonnier de Beauvais, a demandé (et obtenu en première instance) le retrait des kiosques du magazine au motif que l’article relatant le suicide du commerçant portait atteinte à sa vie privée.

Cet article a pourtant été écrit avec précaution. Il commence par relater l’accident de la route (l’homme s’est donné la mort en se jetant sous les roues d’un camion), puis il précise par la voix d’un commandant de gendarmerie que la thèse du suicide est certaine. Enfin, il mentionne quelques éléments de biographie du défunt ainsi que quelques réactions émues à son décès.

A l’audience en appel de référé, les plaignantes, la mère de Cyrille H. et son ex-femme, invoquent certains détails contenus dans le texte qui pourraient laisser imaginer au lecteur qu’elles sont à l’origine du mal-être de la victime. Par exemple, le journaliste écrit : « Dernièrement, après un long séjour en Angleterre où il avait suivi sa femme en formation professionnelle, il travaillait sur le marché de la place des Halles. »

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Pour l’avocate de l’ex-épouse du commerçant (qui n’est pas davantage citée dans l’article), le lecteur va forcément penser que son retour à Beauvais est dû à une séparation et que son suicide y est directement lié. Pour la mère du défunt, c’est en mentionnant qu’il était « fils unique » que le journaliste semble insinuer qu’elle serait en partie responsable du mal-être de Cyrille. Les arguments sont d’autant plus spécieux qu’il n’existe pas en droit de protection de la vie privée d’un défunt et que l’intérêt à agir de sa mère et de son ex-femme semble ici bien maigre.

En face, le conseil de Oise-Hebdo a développé une plaidoirie autour du principe fondamental de la liberté de la presse « heurté de front par cette affaire ». « Jamais on a retiré un journal de la vente pour un article » a développé Me Claudia Massa, « cet article se contente d’expliquer un geste sans susciter d’atteinte intolérable à la vie privée de quiconque ». Et quelles seraient les conséquences d’une telle sanction si les acteurs d’un fait divers peuvent faire interdire une parution à chaque fois que le traitement médiatique ne leur convient pas ?

La présidente de l’audience, visiblement pressée d’en finir avec ce dossier qui semblait encombrer sa journée de travail (« on ne va pas manger un sac de sel là-dessus » a-t-elle interrompu une avocate qui tentait de conclure !) rendra son délibéré vendredi-après midi.

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