Il avait été relaxé en première instance, le tribunal n'ayant pas prouvé que celui que l'on a surnommé le "logeur de Daech" savait qu'il hébergeait des terroristes en fuite dans son appartement de Saint-Denis. Son procès en appel s'ouvre ce mercredi, aux côtés de deux co-prévenus Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen

Le 25 avril 2018, Jawad Bendaoud quittait le tribunal de Bobigny
Le 25 avril 2018, Jawad Bendaoud quittait le tribunal de Bobigny © Radio France / Alain JOCARD

Depuis ses tout premiers mots, peu après l'assaut du RAID, Jawad Bendaoud le répète, en boucle, et sur tous les tons. D'abord d'un air éberlué, au petit matin du 18 novembre 2015, devant une caméra de BFM TV : "J'ai appris que c'était chez moi, rue du Corbillon, là où ça a tiré... On m'a demandé de rendre service et j'ai rendu service ! On m'a dit d'héberger deux personnes pendant trois jours et j'ai rendu service, je sais pas d'où ils viennent ! Si je savais, vous croyiez que je les aurais hébergés ?" 

En janvier et février 2018, durant les trois semaines de son procès devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, celui qui a été surnommé le "logeur de Daech" l'a dit et redit, encore et encore, avec des métaphores qui ont souvent amusé la salle d'audience. 

"Non mais franchement, vous pensez vraiment que si j'avais su que j'avais des terroristes à la maison, je serais rentré tranquillou chez moi comme je l'ai fait ce soir-là, petit sandwich escalope-Boursin, et petit film Netflix ?" "Madame la juge, je vais vous dire, on m'a vendu un bœuf bourguignon, et j'ai fini avec un couscous, voilà ce qu'il s'est passé ! Sur la vie de mon fils, personne ne m'a mis au courant que les mecs que j'allais héberger étaient des terroristes !" répond Jawad Bendaoud, à la magistrate Isabelle Prévost-Deprez, alors présidente du procès. 

Bendaoud, qui venait de passer 27 mois à l'isolement, a énormément parlé lors de ce premier procès. Une logorrhée fantasque aux accents souvent grotesques, et qui au bout du compte, a convaincu le tribunal qu'il n'était absolument "pas prouvé" que Bendaoud avait "fourni un hébergement à deux individus qu'il savait être des terroristes du 13 novembre, afin de les soustraire aux recherches et éviter ainsi leur arrestation". Jawad Bendaoud a ainsi été relaxé et il était sorti libre du palais de justice, après avoir promis : "si je sors de prison, je ne fais plus rien d'illégal"

L'ex-caïd de Saint-Denis, notamment condamné pour des affaires de stupéfiants, mais aussi pour une rixe dans laquelle son meilleur ami avait été tué en 2006, a hélas rechuté. Début novembre, il a été condamné en appel à un an de prison avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pour avoir violenté et menacé de mort son ex-compagne, qu'il avait menacée de "brûler vive". En juillet dernier, il avait aussi été condamné à huit mois de prison pour avoir injurié des policiers, une peine qu'il effectue avec un bracelet électronique. 

À quelques heures de son procès en appel, Jawad Bendaoud s'inquiète, alors qu'il risque toujours une peine de six ans de prison, pour "recel de terroristes", en récidive légale. Face à lui, 780 parties civiles. Et à ses côtés, dans le box des prévenus, Mohamed Soumah, également rejugé pour "recel de malfaiteurs terroristes", qui avait été condamné à cinq ans de prison en première instance, pour avoir joué le rôle d'intermédiaire, en mettant en contact Jawad Bendaoud, et Hasna Aït Boulahcen, qui cherchait une planque pour son cousin Abdelhamid Abaaoud, un des deux djihadistes en fuite. Autre prévenu rejugé à partir de ce mercredi, Youssef Aït Boulhacen, qui comparaît lui pour "non-dénonciation de crime terroriste". Il a été condamné à quatre ans de prison dont un an avec sursis, en première instance. Ce procès en appel doit durer un mois, jusqu'au 21 décembre.

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