Toujours élégant, Thierry Gaubert ne masquait pas sa satisfaction après les longues explications (plus de deux heures) du jugement du tribunal correctionnel de Nanterre.

Thierry Gaubert
Thierry Gaubert © Reuters
"Ce dossier a alimenté beaucoup de fantasmes qui se sont écroulés à l'audience" s'est félicité son avocat, Me François Esclatine. Thierry Gaubert est condamné pour abus de biens sociaux au détriment d'un organisme collecteur du 1% logement (CIL Habitation Française, aujourd'hui Procilia) et abus de confiance au détriment de l'association Habitation pour tous, qui s'occupait de logement social pour des fonctionnaires, pour un montant total de 60 000 euros. Il est pourtant relaxé pour la plupart des faits qui lui étaient reprochés: soit parce qu'ils sont prescrits (ils datent de plus de quinze ans), pas assez constitués, ou bien l'intérêt personnel n'est pas établi. Le tamis judiciaire a aussi bien épargné son co-prévenu Philippe Smadja, mais le promoteur immobilier davantage impliqué écope de 15 mois de prison avec sursis et 20 000 euros d'amende. Tous deux devront s'acquitter de 45 000 euros de dommages et intérêts, plus encore 12 000 euros pour Philippe Smadja, à verser aux deux sociétés. La présidente du tribunal, Fabienne Siredey-Garnier, est même restée en deça des réquisitions du Parquet. "Le droit et la morale ne font pas nécessairement bon ménage" a-t-elle souligné, estimant que les faits montraient de la part des prévenus "une réélle propension à confondre leurs intérêts privés et ceux des organismes dont ils avaient la charge". Un mélange des genres qui permettait au tandem Gaubert/Smadja d'utiliser de l'argent destiné au logement des salariés pour des opérations immobilières privées. Il leur était aussi reproché des dépenses disproportionnées (frais de restaurant, voyages, amendes de stationnement, cadeaux à la clientèle ou à des fonctionnaires...), mais le tribunal a estimé que certains frais pouvaient relever d'une politique commerciale, pour d'autres les infractions sont trop anciennes. Pour l'anecdote, Philippe Smadja est finalement condamné pour avoir revendu à Brice Hortefeux une berline à prix d'ami: la valeur de cette safrane a donné lieu à tout un débat, le tribunal retient finalement pour l'association un préjudice de 12 000 francs en 1996.Au cours d'un procès long et technique, le tribunal a tenu à écarter toute considération politique. Dans ses années 90 où Thierry Gaubert exploitait son entregent dans l'immobilier, il travaillait déjà pour Nicolas Sarkozy, qui avait célébré son mariage avec Hélène de Yougoslavie et qu'il avait aidé à conquérir Neuilly. Il a été mis en examen à l'automne dernier pour recel d'abus de biens sociaux dans l'enquête sur un éventuel financement occulte de la campagne d'Edouard Balladur en 1995, et pour subornation de témoin, soupçonné d'avoir exercé des pressions sur son ex-femme.
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