Information France Inter - L'une des victimes qui a porté plainte contre des policiers de Seine-Saint-Denis placés en garde-à-vue dans une affaire de "ripoux" présumés affirme qu'elle a été passée à tabac lors d'une fausse opération anti-drogues montée de toutes pièces. Son récit est corroboré par nos informations.

Paire de menottes au commissariat de Saint-Ouen (93)
Paire de menottes au commissariat de Saint-Ouen (93) © Maxppp / Christophe Petit Tesson

"Un policier a discrètement jeté un sac de drogue derrière moi" : nous publions le récit accablant de la première personne qui a porté plainte dans l'affaire des six policiers de Seine-Saint-Denis placés en garde-à-vue. Selon ses dires, il a été passé à tabac par les policiers au cours de ce qu'il affirme être une fausse opération anti-drogue. Son récit est corroboré par nos informations. Depuis lundi, six policiers de la compagnie de sécurisation et d'intervention départementale de Seine-Saint-Denis (CSI 93) sont interrogés par l'IGPN, l'Inspection générale de la police nationale. 

Ces six hommes sont soupçonnés d'avoir racketté des délinquants et notamment des trafiquants de drogue, contre qui ils auraient monté de fausses procédures. Ils sont aussi soupçonnés de leur avoir extorqué d'importantes sommes d'argent. Ce sont des soupçons au sein de leur hiérarchie qui ont déclenché ces investigations. Les policiers incriminés ont été placés sur écoute pendant de longs mois, sur leur lieu de travail, dans leur véhicule et dans leurs vestiaires. Leurs comptes bancaires ont fait apparaître des rentrées d'argent suspectes. 

Dans cette affaire de ripoux présumés, inédite par son ampleur dans ce département, 17 enquêtes préliminaires sont par ailleurs en cours pour des soupçons de faux en écriture sur des procès verbaux rédigés par des policiers.

"Tous les policiers se jettent sur moi et me mettent des coups"

Il s'appelle Jonathan. Le 30 mai 2019, il sortait du salon de coiffure où il travaille à Saint-Ouen, pour se rendre en face, dans une épicerie. Il a 37 ans, deux enfants. Sur le trottoir, plusieurs jeunes discutent, certains font de la "muscu". Trois policiers de la CSI 93 débarquent. Ils discutent tranquillement, puis, sans raison apparente, décident de contrôler Jonathan. Ce dernier s'en étonne et le ton monte.

À ce moment là, selon le récit qu'il a livré à France Inter, "il y a un policier qui, discrètement, mais heureusement que la caméra l'a vu, a sorti un sac de drogue et l'a jeté derrière moi". Les policiers ne savent pas que l'épicier a fait installer deux caméras haute définition avec deux angles différents devant sa boutique. Selon nos informations, sur l'une des vidéos, on voit très nettement le policier lancer un petit sachet blanc derrière les jambes de Jonathan.

Le policier aurait alors dit à Jonathan : "Si tu voulais un motif de contrôle, en voilà un". "Je le vois alors qui ramasse le sac et l'ouvre devant moi . Effectivement, c'était des stupéfiants", affirme la victime de cette mise en scène.

La suite, selon le récit de Jonathan, est encore plus violente. D'autres agents arrivent en renfort pour sécuriser le contrôle. "Il y a deux policiers qui me prennent alors les deux jambes et qui me tirent en arrière pour que je tombe la tête la première sur le sol. Tous les policiers se jettent sur moi, m'écrasent, m'étouffent, m'étranglent, me mettent des coups et à partir de là, je n'ai plus rien compris", raconte Jonathan.

Une clé d'étranglement et des coups de poing

Le policier qui a lancé le sachet de drogue fait une clé d'étranglement qui dure, selon nos informations, une minute, avant de balancer plusieurs coups de poing à un jeune qui protestait.

Dans cette affaire, "si des comportements fautifs étaient susceptibles d'être confirmés, ils appelleraient des sanctions", a annoncé lundi à l'AFP la préfecture de police de Paris. De sources proches du dossier, on laisse entendre mardi que les jours de cette CSI 93 sont comptés.

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