le tireur de paris déféré en vue de sa mise en examen
le tireur de paris déféré en vue de sa mise en examen © reuters

PARIS (Reuters) - Abdelhakim Dekhar, l'auteur présumé des coups de feu tirés lundi au journal Libération à Paris, puis à La Défense, a été déféré vendredi en début de soirée à la justice en vue de sa mise en examen, a-t-on appris de source judiciaire.

L'ancien "troisième homme" dans l'équipée sanglante menée par Florence Rey et Audry Maupin en 1994 était en garde à vue depuis jeudi pour les chefs de tentatives d'assassinat, d'enlèvement et de séquestration.

Après s'être vu notifier ses droits au 36 Quai des Orfèvres, siège de la police judiciaire, le suspect avait été placé en garde à vue aux urgences médico-judiciaires de l'Hôtel-Dieu.

Abdelhakim Dekhar, 48 ans, a tenté de se suicider avec des médicaments peu avant son interpellation mercredi soir dans un parking de Bois-Colombes (Hauts-de-Seine).

Il a refusé de s'exprimer sur le fond du dossier, faisant valoir son droit au silence, a indiqué une source proche du dossier.

Le fusil à pompe et les vêtements utilisés lors des attaques menées il y a une semaine à BFM TV, puis lundi à Libération, où un assistant photographe a été grièvement blessé, ainsi qu'à la Défense, n'ont pas été retrouvés pour le moment.

L'homme, qui a été formellement identifié par son ADN, a laissé des lettres à tonalité d'extrême gauche dans lesquelles il évoque un "complot fasciste".

"MANIPULATION DES MASSES"

"Il accuse les médias de participer à la manipulation des masses (...), il stigmatise tour à tour le capitalisme et la gestion des banlieues", a indiqué jeudi le procureur de Paris, François Molins, lors d'une conférence de presse.

"Les experts psychiatres qui l'avaient examiné dans le cadre de l'affaire Florence Rey avaient relevé à l'époque un discours riche et fleuri révélateur de tendances affabulatoires", a-t-il ajouté.

Le magistrat a jugé les "raisonnements" du suspect "confus" mais, dans un courrier écrit en prison en 1995 et diffusé par BFM TV, Abdelhakim Dekhar développait le même type d'analyse.

"Je souffrirais face à ces juges déchaînés (…) portés par l'hystérie médiatique, par des syndicats de policiers et une opinion publique chauffée à blanc, incapable de discernement et hurlant vengeance", écrivait-il.

Selon la même chaîne de télévision, le psychiatre qui l'a rencontré mercredi après son interpellation l'a trouvé "calme, coopératif et bien orienté". Il a expliqué sa tentative de suicide par "la violence qu'il subit de la société".

Des policiers ont estimé que le suspect était mythomane, rappelant qu'il avait affirmé faire partie des services secrets algériens lors de son procès.

Mais l'une de ses anciennes avocates, Emmanuelle Hauser-Phelizon, a déclaré au Figaro qu'un juge d'instruction avait établi lors d'un "tapissage" que son client connaissait bien un officier français rencontré au Liban.

Abdelhakim Dekhar était considéré comme le "troisième homme" de l'affaire Rey-Maupin, soupçonné d'avoir acheté un des fusils à pompe dont ces deux jeunes gens qui gravitaient dans la mouvance autonome et anarchiste se sont servis lors de la double fusillade du 4 octobre 1994 à Paris, qui a fait cinq victimes.

Arrêté peu de temps après les faits, il avait été condamné à quatre ans de prison pour association de malfaiteurs.

Après sa remise en liberté, Abdelhakim Dekhar a refait en grande partie sa vie à Londres, a rapporté le procureur de la République de Paris.

François Molins a précisé qu'un homme qui avait rencontré le fugitif il y a 13 ans à Londres avait prévenu la police après l'avoir reconnu sur un avis de recherche.

Selon le "Times", le tireur de Libération a passé 13 ans à Londres où il a épousé une étudiante turque à Redbridge, dans le nord-est de la ville, en février 2000.

Gérard Bon, édité par Sophie Louet

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