Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne donne raison aux parents de Vincent Lambert, tétraplégique en état de conscience minimale. Il demande de maintenir l'alimentation et l'hydratation de cet ancien infirmier accidenté il y a cinq ans.

Les parents de Vincent sont satisfaits, son épouse Rachelle évoque la souffrance de son mari. Le reportage de Monique Derrien

La décision a été prise en accord avec sa femme et une partie de sa famille.

L'euthanasie des mineurs fait débat en Belgique
L'euthanasie des mineurs fait débat en Belgique © Maxppp / Philippe Pauchet
Dans son jugement, le tribunal estime qu'"une atteinte grave et manifestement illégale" a été portée "au droit à la vie de Vincent Lambert". L'équipe médicale de l'hôpital de Reims avait annoncé samedi dernier à la famille sa décision de cesser le 13 janvier la nutrition artificielle, [en application de la loi Leonetti](http://www.franceinter.fr/emission-le-79-debat-sur-la-fin-de-vie). Ses parents avaient saisi le tribunal administratif lundi pour s'opposer à cette mesure. Ces derniers s'étaient déjà tournés vers la justice en mai 2013 après une interruption de l'alimentation de leur fils dont ils affirmaient avoir été insuffisamment informés. Selon l'avocat des parents, Me Jérôme Triomphe : > C'est le principe de précaution qui a été appliqué, qui est un des principes fondamentaux en matière de droit de la santé. Le tribunal a également constaté que Vincent Lambert n'était pas en fin de vie, qu'il n'était pas malade, juste handicapé et qu'il est conscient. Le docteur Eric Kariger, chef du service de médecine palliative du CHU de Reims, a estimé "à titre personnel" lors d'une conférence de presse que l'établissement devrait contester ces décisions en Conseil d'Etat : > Ce jugement remet en cause la loi Leonetti, pourtant seule loi de la Ve République votée à l'unanimité, et à travers elle, elle remet en cause nos garanties à chacun et à chacune de pas être victime un jour d'acharnement. ### La loi Leonetti ignorée ? La loi Leonetti de 2005 sur les droits des patients en fin de vie proscrit "l'obstination déraisonnable" et autorise dans certains cas l'euthanasie passive, c'est-à-dire l'interruption de l'alimentation et de l'hydratation artificielles ou l'administration d'opiacés ou de sédatifs à haute dose. Si le patient est dans l'incapacité d'exprimer ses volontés, la décision doit être prise collégialement par le médecin chargé du patient après concertation avec l'équipe de soins et la famille. L'avocat des parents de Vincent Lambert, mus selon leurs détracteurs par une forte "idéologie" catholique, estimait que la loi Leonetti ne pouvait pas s'appliquer à ce patient qu'ils jugent "handicapé" et non atteint d'un mal incurable. A l'inverse, son épouse, soutenue notamment par François Lambert, son neveu, affirme que Vincent Lambert a manifesté des signes de refus des soins. Selon François Lambert : > Vincent avait dit clairement qu'il n'aurait pas voulu vivre comme ça. Il était infirmier : il l'a dit à sa femme, à son frère, il connaissait ce genre de cas. Pour le tribunal, "il ne saurait être déduit des manifestations pouvant traduire le déplaisir et l'inconfort qu'induisaient les soins (...) une interprétation univoque quant à la volonté du patient de rester ou non en vie. L'épouse de Vincent Lambert et François Lambert envisagent eux aussi un recours devant le Conseil d'Etat. Pour leur avocat, Me Bruno Lorit, le jugement signifie que "par définition, le tribunal interdit la loi Leonetti à tous les patients pauci-relationnels" - incapables de communiquer. ### Une loi pour mourir dans la dignité ?
françois hollande peu convaincant selon deux sondages
françois hollande peu convaincant selon deux sondages © reuters
[François Hollande a annoncé mardi une loi sur la fin de vie ](http://www.franceinter.fr/depeche-direct-video-francois-hollande-la-conference-de-presse)qui permettra aux malades incurables de terminer leur vie "en dignité" mais n'a pas précisé si ce texte irait jusqu'au suicide assisté auquel est favorable une majorité de Français : "Il s'agit de permettre à toute personne majeure atteinte d'une maladie incurable provoquant une souffrance psychologique, physique, insupportable et qui ne peut être apaisée, de pouvoir demander dans des conditions strictes une assistance médicalisée pour terminer sa vie en dignité." François Hollande a dit qu'il recevrait dans les prochaines semaines les conclusions du comité consultatif national d'éthique et que la ministre de la Santé, Marisol Touraine, mènerait ensuite des consultations pour élaborer une loi. Le chef de l'Etat, dont la réforme pour le mariage pour tous soulève encore la colère d'une frange conservatrice de la population, a dit souhaiter que le débat puisse être fait "sans polémiques, sans divisions, et simplement dans l'idée qu'un cheminement est possible pour rassembler toute la société". François Hollande s'était engagé lors de sa campagne présidentielle en 2012 à améliorer la loi Leonetti de 2005 sur la fin de vie et les soins palliatifs. Le suicide médicalement assisté et l'euthanasie à la demande du patient sont interdits en France. Trois pays européens -Belgique, Luxembourg, Pays-Bas - autorisent l'euthanasie. Le suicide assisté est légal en Suisse.
Vers une légalisation de l'euthanasie ?
Vers une légalisation de l'euthanasie ? © Radio France
**[](http://www.francetvinfo.fr/en-direct/#)**
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