Au procès des attentats de janvier 2015, Me Isabelle Coutant-Peyre défend Ali Riza Polat, proche d'Amedy Coulibaly et accusé d'avoir joué un rôle central dans la préparation des attaques.

L'avocat Isabelle Coutant-Peyre, ici en 2013 au palais de justice de Paris
L'avocat Isabelle Coutant-Peyre, ici en 2013 au palais de justice de Paris © AFP / Bertrand Guay

[Tous les jours jusqu’au 2 septembre, France Inter dresse le portrait de tous les protagonistes du procès des attentats de janvier 2015 : victimes, familles, terroristes, accusés, magistrats, avocats…]

Pour beaucoup de ses confrères notamment, elle est celle qui a défendu des terroristes et même épousé religieusement l’un deux. En l’occurrence : Ilitch Ramirez Sanchez alias Carlos, condamné à la réclusion à perpétuité pour une série d'assassinats, dont l’attentat du Drugstore Publicis en 1974. Mais celle qui nous reçoit dans son bureau, silhouette tout à la fois frêle, nerveuse et gracile, refuse d’être “la femme de”. Pas plus que “l’avocate de”. Ou même “avocate” tout court d’ailleurs, revendiquant l’emploi masculin du nom. 

Ce sera donc :  “Isabelle Coutant-Peyre, avocat. Point”.

Une vie hors norme

Voilà pour les présentations. Le reste, 67 ans d’une vie hors norme, se découvre par bribes, entre deux bouffées de cigarillo. “Avocat, cour d’appel de Paris depuis 1980”, annonce la première ligne du curriculum vitae qu’elle nous tend. 

Un métier choisi “pour me marrer”, commente l’intéressée. Un métier qu’elle pratiquera “jusqu’à la mort”, assure-t-elle encore. Pas vraiment le parcours auquel elle était pourtant destinée : une enfance dans la grande bourgeoisie, des années d’internat catholique - les Oiseaux, Sainte-Marie.

Mais une âme “révoltée de nature” selon elle. Et puis un homme : Charles Libman, ami de son père. L’avocat de la Licra, représentant une soixantaine de parties civiles au procès de Klaus Barbie, lui “donne envie d’être avocat”. À ses côtés, encore étudiante, elle plonge notamment dans l’affaire Pierre Goldman, le frère du chanteur, accusé du meurtre de deux pharmaciennes en 1969.

Une fois ses études achevées, son “environnement culturel” selon ses mots, reprend cependant le dessus. Ce sera, non pas le droit pénal, mais le droit des affaires à l’université de Nanterre. “Je devais être plus raisonnable à l’époque”, sourit-elle aujourd’hui. Et puis, “il fallait vivre” se souvient cette mère de trois enfants, le premier né alors qu’elle avait tout juste 18 ans, après son mariage avec un élu centriste de la Manche, Michel Peyre.

Du droit des affaires avant sa rencontre avec Jacques Vergès

Ce sera donc le privé et les “procédures sélectives”. Traduisez : la gestion du placement en faillite. “Je gérais des boîtes de 10 000 personnes, des maisons d’éditions, des entreprises de cinéma, j’avais beaucoup de pouvoir”, regrette-t-elle presque. C’est alors, au détour du dossier d’un journal africain, qu’elle rencontre Jacques Vergès “qui venait de réapparaître”, lâche-t-elle, un sourire en coin, au sujet des huit années entre 1970 et 1978 pendant lesquelles l’adepte de la défense de rupture s’était volatilisé.

C’est avec lui que la jeune avocate d’alors embrasse ce qui va devenir sa carrière, son combat, sa vie. “À cette époque, l’avocat avait un peu de pouvoir : celui de faire chier l’État”, rit-elle en écrasant un mégot de cigarillo.

Une époque foldingue”, se souvient Isabelle Coutant-Peyre, depuis son cabinet du 17e arrondissement de Paris.

“Avec Jacques Vergès, on avait créé l’Association internationale des défenseurs des prisonniers politiques, on faisait des réunions avec des gens de la Faction armée rouge, c’était poilant.”

Ensemble jusqu’en 1984, ils défendent des membres d’Action directe, le nationaliste breton Alain Solé ou encore le négationniste Roger Garaudy.

Deux passions : l'international et les militants politiques

Mais “une série de différends” plus tard, leur collaboration n’est plus. Ses “deux passions”, elles, perdurent : “l’international et les militants politiques”, résume l’avocate. Carlos incarnera pour elle la symbiose des deux, au point que l’avocate deviendra aussi son épouse après une union religieuse en détention en 2001.

Aux yeux de ma mère, c’était encore l’une de ces multiples folies qui ont le don de l’exaspérer”, écrit-elle dans le livre consacré à son histoire avec le terroriste, Épouser Carlos : un amour sous haute tension (L’Archipel). “Sur les milliards d’êtres qui peuplent la terre, quelques-uns sont faits pour vous. C’est mystérieux, inexplicable. Et c’était lui !”, peut-on encore lire dans l’ouvrage de 288 pages, paru en mars 2004.

Des années de parloirs plus tard, la relation s’effrite cependant. Certes, elle rend encore visite “de temps en temps” à celui qu’elle n’a jamais cessé de vouvoyer. “Mais je ne vais plus voir les gens en prison, j’ai trop donné”, balaie l’avocate. “Et puis, je ne fais plus beaucoup de pénal de toute façon.

“De toute façon, il n’y a pas de procès équitable en France”

Isabelle Coutant-Peyre évoque plus volontiers tel dossier iranien contre l’État français, tel client au Népal, voire des affaires de droit administratif - “je m’y suis collée, j’avais besoin de fric”. Et pourtant, celui qu’elle s’apprête à défendre deux mois et demi durant devant la cour d’assises spécialement composée n’est autre que le principal accusé du procès des attentats de janvier 2015, Ali Riza Polat, 35 ans, accusé de complicité de crimes terroristes.

J’avais accepté parce que je croyais que c’était au vieux palais”, peste-t-elle à l’idée d’un procès qui se tiendra dans le nouveau tribunal judiciaire de la Porte de Clichy, afin de permettre sur l’île de la Cité, les travaux de construction d’une immense salle d’audience pour le procès des attentats du 13 novembre. “De toute façon, il n’y a pas de procès équitable en France”, dénonce encore Isabelle Coutant-Peyre.

Elle insiste sur ce point et nous lit, en guise d’au revoir, quelques mots notés sur un petit bristol blanc : “Lorsque tous les autres recours ont été épuisés, alors il est parfaitement juste de tirer l’épée”. “C’est une devise sikh”, commente-t-elle, “et c’est ma devise dans les procès politiques”. Elle dit “procès politiques” en appuyant sur les mots. Pas “procès terroriste”. Car pour Isabelle Coutant-Peyre, “les seuls terroristes sont les États”.

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