Pour porter la voix de l'accusation, deux magistrats du parquet national antiterroriste siègeront à l'audience. Jean-Michel Bourlès et Julie Holveck travaillent en binôme pour la première fois.

Dossiers à la section anti terroriste du parquet de Paris (photo d’illustration)
Dossiers à la section anti terroriste du parquet de Paris (photo d’illustration) © Maxppp / PHOTOPQR/LE PARISIEN

[Tous les jours jusqu’au 2 septembre, France Inter dresse le portrait de tous les protagonistes du procès des attentats de janvier 2015 : victimes, familles, terroristes, accusés, magistrats, avocats…]

Il ne faut pas qu’on oublie ce qu’il s’est passé. Il ne faut pas que les nombreuses victimes soient mises de côté.” C’est dans cet état d’esprit que les deux avocats généraux qui porteront l’accusation durant les deux mois et demi d’audience ont préparé ce procès hors norme.

Julie Holveck, référente victimes

Julie Holveck, 38 ans, et Jean-Michel Bourlès, 51 ans, ont tous deux rejoint le parquet national antiterroriste (Pnat) dès sa création il y a un an. Julie Holveck, aujourd’hui référente sur la question des victimes, faisait même partie depuis 2014 de la famille “C1”, cette section du parquet de Paris chargée de l’antiterrorisme avant la création du Pnat. C’était l’époque où François Molins dirigeait le parquet de Paris. C’était aussi, malheureusement, celle de la vague d’attentats sur le sol français, à commencer par ceux de janvier 2015 pour lesquels Julie Holveck a été chargée de se rendre sur les lieux des crimes. Suivront la gestion des scènes d’attentats de Carcassonne et de Condé-sur-Sarthe en mars 2018 et de Paris-Opéra deux mois plus tard. Suivront encore pour elle les procès du cyberdjihadiste Fahd Jobrani ou du djihadiste breton Gilles Leguen condamné pour avoir combattu dans les rangs d’Al-Qaïda au Maroc, par exemple.

Avant cela, Julie Holveck a fait ses débuts à Nancy avec, quelques mois à peine après son installation dans ce premier poste, la gestion du crash d’un hélicoptère de l’armée italienne dans la Meuse. Il avait fait 8 morts le 23 octobre 2008. Son quotidien cependant était surtout fait d’enquêtes de droit commun, de trafics de stupéfiants et de procès d’assises pour viol ou meurtre. Jusqu’en 2012, où elle met le cap sur le parquet de Paris à la permanence criminelle des majeurs, "P12" de son petit nom. Deux ans d’affaires en tout genre avant de rejoindre la section antiterroriste surnommée "C1" où elle fait des filières islamistes sa spécialité.

Jean-Michel Bourlès, numéro 2 du parquet antiterroriste

Originaire de l’Essonne, Jean-Michel Bourlès, lui, a pris son premier poste de magistrat en 1996 : premier substitut du procureur au pôle mineurs du tribunal d’Evry, pôle dont il devient rapidement le chef car à l’époque, “j’étais le plus vieux parmi les jeunes” sourit-il. C’est l’époque de la “réponse pénale systématique” face à la délinquance des mineurs. Celle où le parquet prend une place grandissante sur ces questions. “Une période assez riche”, selon Jean-Michel Bourlès. Qui débouchera assez logiquement sur une mission auprès du Défenseur des enfants, alors tout juste né.

Quelques années et postes plus loin - dont la direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) au ministère de la Justice et la mise en place du fichier d’empreintes automatisées - c’est l’arrivée au pôle antiterroriste du parquet de Paris. Nous sommes en 2005, le terrorisme d’alors ce sont “des dossiers basques et corses” rappelle le magistrat. À l’exception de Rachid Ramda, financier des attentats islamistes du RER à Saint-Michel en 1995, dont l’Angleterre a fini par accepter l’extradition.

Mais en 2007, fini l’antiterrorisme. Jean-Michel Bourlès rejoint la Chancellerie, sous l’égide de la ministre de la Justice Rachida Dati. Il y est chargé de mettre en place les réformes du moment : carte judiciaire, concours d’entrée de l’école nationale de la magistrature (ENM). Puis ce sera le Maroc, comme magistrat de liaison, et la gestion, notamment, de l’attentat de Marrakech le 28 avril 2011. Une bombe actionnée à distance dans un café de la place Jemaa el-Fna fait 17 morts et 20 blessés, dont des ressortissants français. “Il a fallu gérer des questions d’entraide pénale, puis plus tard, le procès sur place”, se souvient le magistrat.

En 2013, c’est le retour en France. Évry et Paris de nouveau. Et enfin, en juillet 2019, le parquet national antiterroriste, en tant qu’adjoint du procureur Jean-François Ricard. Depuis, il a notamment porté la voix de l’accusation au procès d’assises dit "des bonbonnes de gaz de Notre-Dame", cet attentat raté en septembre 2016 pour lequel la principale accusée, âgée de 19 ans au moment des faits, a été condamnée à 30 ans de réclusion criminelle. Soit la peine qu’il avait requise à l’audience.

Pour le procès des attentats de janvier 2015, Julie Holveck et Jean-Michel Bourlès siègeront donc ensemble à l’audience. C’est la première fois qu’ils travaillent ainsi en binôme.