Trois juges d'instruction parisiens poursuivent leur enquête sur le cimentier Lafarge accusé d'avoir financé le groupe État islamique en Syrie. Les dernières investigations révèlent une lutte interne chez Lafarge, alors qu'une partie des cadres voulait maintenir l'usine en activité coûte que coûte.

Des cadres de Lafarge envisageaient la réouverture de l'usine de ciment en Syri quelques semaines avant les attentats du 13 novembre 2015
Des cadres de Lafarge envisageaient la réouverture de l'usine de ciment en Syri quelques semaines avant les attentats du 13 novembre 2015 © AFP / Delil souleiman

Les dernières investigations des trois juges d'instruction parisiens révèlent qu'une partie des cadres ont cherché à maintenir l'usine en activité par tous les moyens et auraient même voulu la redémarrer en 2015, à quelques semaines des attentats à Paris.

Un an avant, en août 2014, la direction juridique découvre, atterrée, que la filiale syrienne du cimentier Lafarge alimente le groupe État islamique. La responsable demande, séance tenante au PDG, la fermeture de l'usine. Mais une semaine plus tard, un juriste constate que "les opérationnels n'ont pas reçu le message".

Une nouvelle réunion est organisée le 19 septembre. Trop tard : le matin même, le groupe État islamique s'est emparé du site. Sur place, "la situation est dramatique pour les salariés, raconte le juriste, il y a des risques qu'ils se fassent couper la gorge"

Question de la traçabilité des fonds

Les cadres opérationnels continuent de faire le forcing. L'un des intermédiaires qui traitait avec le groupe EI réclame encore de l'argent et reçoit 300 000 dollars. 

À quoi aura servi l'argent versé aux terroristes ? C'est la question que se pose Arthur Dénouveaux le président de Life for Paris, une association de victimes du 13-Novembre qui vient de se constituer partie civile : "Les attentats du 13 novembre 2015 ont été financé en grande partie depuis la Syrie par le groupe État islamique. La concomitance des faits entre le financement par Lafarge d'une partie des activités du groupe EI et les attaques nous font nous poser la question de savoir si l'argent est traçable."

"Continuer le business"

En 2015, l'usine est libéré par les Kurdes. Son directeur français veut "continuer le business", mais la direction juridique lui oppose un véto. Il faudrait traiter avec le groupe EI, qui contrôle les routes ou les matières premières. 

Mais le directeur français va quand même rencontrer un intermédiaire en Turquie, en décembre 2015. Il affirme avoir refusé un nouvel accord avec le groupe État islamique.

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