L’audience a repris depuis quelques minutes à peine. A la barre, Jonathan Delay, 21 ans dans trois jours. Elégant costume gris, chemise bleue et cheveu gominé.

Mais une assurance de façade. Car les mots ont du mal à sortir.

« J’ai été victime de l’affaire d’Outreau. On a commencé à dénoncer les faits en 2000, quand je suis arrivé chez monsieur et madame Chochois » – sa famille d’accueil. « J’ai pas systématiquement parlé directement. » Euh … (long silence) mais bon je leur ai fait comprendre si vous voulez.

Jonathan Delay ne nomme ni les faits, ni les gens. « J’ai le souvenir d’avoir été violé. », lâche-t-il difficilement.

  • Par qui ?, demande le président.

  • Ils ont été acquittés, répond le jeune homme.

  • Est-ce que Daniel Legrand fait partie des gens qui ont abusé de vous ?

  • Oui. Je sais qu’il était là. J’ai certaines images où je le vois chez mes parents. Je ne fais pas de cauchemars de lui personnellement, mais il fait partie de ceux qui nuisent au bon fonctionnement de mes nuits.

Dans le box des accusés, Daniel Legrand secoue la tête en signe de dénégation.

Silence de plomb dans la salle bondée, il faut dire que le public est venu en nombre.

Imperturbable, le président poursuit. « Pendant les auditions par la police, vous avez parlé de Jean-Marc Couvelard. Est-ce que vous avez une image de Jean-Marc Couvelard abusant de vous ? Actuellement, non.

Le jeune homme est soudain mal à l’aise. Il lance au président : « Je ne comprends pas le fonctionnement de vos questions. Je peux en parler avec mes avocats ? »

  • Non, ce n’est pas comme ça que ça se passe.

  • Moi, je suis là pour une seule personne. Je n’ai pas à répondre sur d’autres. Si on joue à ce jeu …

  • Je ne joue à aucun jeu, rétorque le président de la cour d’assises.

Mais Jonathan Delay insiste, réclame une pause. L’audience est suspendue.

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