Au procès de Francis Heaulme, l'enquêteur qui avait fait avouer Patrick Dils garde ses convictions inchangées sur l’auteur du double meurtre de Montigny-lès-Metz, en 1986.

Bernard Varlet lors du procès de Patrick Dils en juin 2001 devant la cour d'assise des mineurs de la Marne
Bernard Varlet lors du procès de Patrick Dils en juin 2001 devant la cour d'assise des mineurs de la Marne © AFP / ALAIN JULIEN

C’est un petit homme rond aux cheveux blancs, habillé de noir. A 78 ans, Bernard Varlet aime bien revisiter sa légende de flic à l’ancienne, "meilleur procédurier de la région", qui travaillait "115 heures par semaine". Directeur de la première enquête sur le double meurtre d’Alexandre et Cyril, au sein de la police judiciaire de Metz, il raconte. Un témoin "honorablement connu" l’aiguille vers la famille Dils : "On m’a dit de venir seul, et sans arme. J’y suis allé accompagné, et armé".

Il retrace à la vitesse TGV les incohérences dans les déclarations de la famille Dils, ses soupçons, et ce témoin clé, qui lui permet de décaler l’heure de la mort des enfants d’une heure. C’est dans son bureau que Patrick Dils, 16 ans à l’époque, a tout avoué. Bernard Varlet explique qu’il ne l’a pas maltraité, qu’il lui a même apporté "des croissants fourrés" pour le petit-déjeuner. Pourtant, la justice a fini par acquitter Patrick Dils, mettant notamment en doute la spontanéité de ces aveux. Le policier a-t-il pu se tromper ? Impossible.

Vous ne pouvez pas vous tromper sur une affaire comme ça. Parce que si vous vous trompez, vous avez un innocent en prison, ce qui peut paraître… anormal. Mais ce qui est plus grave, c’est qu’il y a un assassin qui est dehors

On lui demande s’il n’a pas pu faire fausse route. La réponse est sans appel : "Non. Parce que là, sur Dils, on n’a rien dit… Sur Dils, si je dois parler, il y en a pour 5 heures encore".

La piste Heaulme balayée

Son avis sur l’affaire n’a donc pas changé, malgré l’acquittement de Patrick Dils, malgré les incohérences des horaires, malgré les témoignages attestant de la présence de Francis Heaulme ce jour là. Bernard Varlet a lu tous les articles de presse, consulté tous les PV : rien n’y fait. Il balaie la piste Heaulme, sur laquelle il n'a pas enquêté, d’un revers de main.

Le président lui fait remarquer qu’il manque au dossier les réponses des hôpitaux, à qui il avait été demandé, le 9 octobre 1986, la liste des patients entrés le jour et le lendemain des faits. On a appris depuis que Francis Heaulme avait été hospitalisé le lendemain du crime : "Si on avait eu ces listings, on aurait eu son nom" regrette le président Steffanus. Bernard Varlet se souvient vaguement que "verbalement, les hôpitaux ont refusé de répondre". "Vous n’avez pas beaucoup insisté", s’étonne le président. Avant lui, un policier de son équipe, Alain Parachini (il avait également recueilli les aveux de Patrick Dils en 1987), a expliqué qu’il n’avait aujourd’hui "plus du tout de certitudes" sur l’affaire. Les convictions de Bernard Varlet, elles, ne souffrent pas la moindre remise en question.

A la sortie du tribunal, quand on lui demande s’il espère connaître un jour la vérité, l’ancien policier lance : "Vous l’avez, la vérité, depuis 25 ans".

Le procès de Francis Heaulme devant la cour d'assises de Moselle se poursuit jusqu'au 18 mai.

►ÉCOUTER | Bernard Varlet : "Sur Dills on a rien dit", le reportage de Corinne Audoin à Metz

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