La police va recruter une quarantaine de chiens policiers et des maîtres-chiens pour lutter contre le trafic de drogue. Leur odorat les rend irremplaçables pour débusquer stupéfiants et billets de banque. Reportage sur une opération anti-drogue avec Maika, un malinois à l'origine de très importantes saisies.

Maika, est une femelle malinois spécialisée dans la recherche des stupéfiants et des billets de banque
Maika, est une femelle malinois spécialisée dans la recherche des stupéfiants et des billets de banque © Radio France / Emmanuel Leclère

La police nationale lance un recrutement totalement inédit pour les mois qui viennent : une quarantaine de "chiens policiers" accompagnés de leurs "conducteurs", les maîtres-chiens qui vont devoir suivre, cet automne, une formation de plus de trois mois. Pour l'instant, ils sont 138 malinois ou autres labradors au sein de la police avec plusieurs spécialités : explosifs, interventions, stupéfiants etc. Ils participent surtout aux grandes opérations judiciaires, le matin à six heures, lors de perquisitions. Mais l'objectif est de les envoyer de plus en plus avec les unités qui patrouillent dans des quartiers de trafic de drogue, comme ce jour-là, début août, dans le Val-d'Oise. 

Les policiers de la sécurité publique d'Ermont (Val-d'Oise) débarquent, en cette fin de journée, dans un quartier sensible d'une commune voisine qu'ils connaissent bien. Ils sont accueillis – comme à chaque fois – par des cris de guetteurs. On en aperçoit plus d'une dizaine qui décident de s’éloigner lorsque les premières voitures se garent à quelques mètres de leurs positions. Les cris des guetteurs redoublent quand ils voient le coffre de l'un des véhicules de police s'ouvrir pour laisser descendre Maika. "Ça les rend nerveux," glisse un brigadier de l’unité d'intervention qui sécurise l'opération avec Maika, l'un des trois chiens de la brigade canine du Val-d'Oise, guidée par deux maîtres-chiens. Les chiens "stups" ont la réputation de trouver des caches improbables et d’être extrêmement rapides. Sonia Fibleuil, la porte-parole de la police nationale, présente ce soir-là, rappelle que les chiens policiers ont permis de dénicher "plus de 5 000 kilos de produits stupéfiants l'année dernière".    

Une cache débusquée en cinq minutes

Maika est une chienne malinois de deux ans spécialisée dans la recherche de stupéfiants et de billets de banque. Elle marque un premier arrêt devant l'entrée de l'une des petites résidences où, la veille, deux policiers ont été pris à partie par des dealers. Elle va ensuite gratter directement devant l'une des 15 portes des caves ; cave ouverte au pied de biche après appel au procureur de permanence, par les policiers, parce que le locataire des lieux est absent et que le gardien n'a pas la clé.

Au premier coup de d'œil, les officiers de police judiciaire trouvent plusieurs petits sachets de cannabis, un réchaud, une balance... Mais quelques minutes plus tard, ils demandent à nouveau l'intervention de Maika au milieu des valises, des cartons et d'une poussette.

"Tiens, ça les collègues ne l'ont pas vu", s'exclame Eric en pointant un sac plastique dissimulé au milieu de ce fatras, un sac plein cette fois d'herbe de cannabis. C’est une simple recharge poursuit le "conducteur" de Maika. L'agent raconte qu'au début de l'année, au milieu d'un hangar immense et de tonnes de cartons, Maika a trouvé 640 kilos de drogue, qu'elle n'a rien à envier donc à ses homologues des douanes.... En l'espace de six mois, elle a par ailleurs déniché plus de 120 000 euros de cash. D'où le fait qu'au sein de cette brigade canine départementale, on attend avec impatience un quatrième chien spécialisé dans les stups pour le Val-d'Oise : "Là, on est dans cette petite résidence, mais si ça se trouve lorsqu'on est arrivé, les dealers en ont peut-être profité pour aller cacher la "tirelire", la recette du jour, dans un autre immeuble" ajoute Gérald, l'autre conducteur de Maika. Et intervenir avec plusieurs chiens en même temps, précise Eric, "ça pourra permettre de mieux déstabiliser, pour qu'ils commettent plus d'erreurs et nous on arrive derrière... mais on ne vous en dira pas plus sur à quel point ça peut nous rendre plus efficace"

Des leurres très inventifs pour tromper le flair des chiens policiers 

Sur le toit d'un parking, une fois l'opération terminée, les agents expérimentés de la brigade canine du Val d'Oise (15 ans de brigade canine) racontent combien les trafiquants de drogue s'adaptent en permanence pour déjouer le flair de leurs chiens. Ces derniers jours, ils ont regardé un documentaire consacré à l’évolution des méthodes des narcotrafiquants en Amérique du sud et au Mexique : "Tout comme les trafiquants en France, sans aucun doute, nous avons nous aussi regardé, on sait que ça va leur donner des idées" souligne Eric, "même moi ce matin, je me suis dit : 'ah tiens, ils emballent comme ça...' et nous aussi ça nous en donne des idées pour dresser nos chiens en conséquence et leur apprendre à déjouer les leurres, les protection anti-odeurs", reconnait-il. 

J'ai vu que les Mexicains prenaient des petites bombes à base de piment et ils mettaient ça sur leurs emballages, eh bien nous, si on voit que le chien éternue un peu trop sur une recherche, ça va nous alerter, parce que ce n'est pas normal.

"Une fois, pas très loin d'ici, les gars s'amusaient à mettre de la bombe pour les toilettes sur toutes les portes pour justement gêner le chien. Mais en fait, on peut très vite déjouer le piège en donnant certaines consignes au chien. Par contre, ce n'est pas une science exacte. Et ce qui marche avec un chien ne marchera pas forcément avec un autre, c'est de l'apprentissage et de la remise en cause permanents." 

Un gros défi pour le dressage des chiens et la formation des agents "conducteurs" dans les mois qui viennent 

En France, 10 départements ne disposent pas encore de brigade canine dans la police. Ce manque devrait être comblé d'ici le printemps 2022, avec ce recrutement inédit qui permettra aussi à plusieurs brigades canines – comme dans le Val d'Oise – d’être renforcées. Le DGPN, le directeur général de la police nationale, a signé la note de "renforts" fin juin. Le programme de formation pour les agents et de dressage pour leurs chiens qui démarrera à l'automne.  

Ce sont 12 à 14 semaines au total de formation souligne Sonia Fibleuil, et "ce n'est pas tant de trouver les bons chiens mais aussi les conducteurs de chiens et les former jusqu'en mars 2022 qui est également un véritable défi". "Ce n'est vraiment pas anodin de lancer un tel programme", expliquent la porte-parole et les deux maitres-chiens du Val-d'Oise : "Quand vous décidez de vous investir dans ce genre d'unité, vous vous engagez sur une formation lourde, loin de chez vous, près de trois mois. Ensuite, vous signez pour six ans dans le même service, dans le même département sur le temps de service moyen d'un chien. Car le temps de créer des automatismes avec Maika par exemple, qu'elle nous fasse confiance quand on lui demande de sauter sur des valises instables, qu'elle y retourne parce qu'on lui demande, et bien cette confiance ne se fait pas du jour au lendemain… "

C'est pour cela aussi "que l'on fait des présélections car on a des collègues qui se font une idée du chien et on leur explique que c'est bien différent de le gérer dans le boulot. Ils se rendent vite compte que ça n'a rien à voir avec ce qu'ils ont imaginé, qu’un chien policier ce n'est pas toujours cool. En plus, les stages sont extrêmement durs physiquement et psychologiquement ; certains ne finissent pas les stages..."

Pour les 40 futures recrues des brigades canines de police nationale, conclut Sonia Fibleuil, la nouveauté, c'est qu'on va essayer de faire des dressages pour avoir des "marquages" directement sur les personnes suspectées d’avoir manipulé ou de cacher sur elles de la drogue lors de coup de filet, et non plus seulement comme aujourd'hui des chiens qui ne cherchent que dans des lieux ou à l'intérieur d'objets.

"C'est mieux de faire ça avec les futurs chiens policiers, ajoute Gérald. Car ceux qui sont actuellement en service ont été justement dressés pour ne pas approcher les suspects qui seraient chargés de drogue… Si là on commence à leur dire l'inverse, ils ne vont pas comprendre"

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