La communauté chinoise d'Aubervilliers a subi de nombreuses agressions ces derniers mois. Ce dimanche, des milliers de personnes ont manifesté contre les violences racistes.

Entre 3000 et 4000 personnes ont manifesté contre les violences racistes envers la communauté chinoise
Entre 3000 et 4000 personnes ont manifesté contre les violences racistes envers la communauté chinoise © Radio France / Emmanuel Leclere

En sept mois, la communauté chinoise d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) a été la cible de 105 agressions, contre 35 faits similaires sur la même période l'année dernière. Tous les jours, deux à trois vols avec violences ont lieu. Alors la communauté a décidé de s’organiser pour se faire entendre. Dimanche, ils étaient entre 3 000 et 4 000 à manifester pour réclamer des mesures de protection et dénoncer les attaques racistes dont ils font l'objet. C'est la troisième manifestation en dix jours.

Un père de famille mortellement agressé 

Le 7 août, un couturier d'origine chinoise, Zhang Chaolin, père de famille de 49 ans, avait été la cible d'une violente agression à Aubervilliers : il aurait reçu un coup de pied au sternum et dans sa chute, sa tête aurait heurté le trottoir, lui causant un traumatisme crânien. Tout cela pour le vol d'une sacoche. Cinq jours plus tard, l'homme décédait de ses blessures. Le maire de la ville avait alors dénoncé un "ciblage raciste".

C'est cette discrimination qui a encouragé les représentants de la communauté à demander davantage de protection lors de la manifestation de ce dimanche, après un premier rassemblement qui a réuni près de 4 000 personnes dimanche dernier. Une pétition en ligne a même été lancée, pour demander "au président de la République, au gouvernement, aux parlementaires, aux candidats à l'élection présidentielle et aux élus locaux concernés des propositions et des initiatives fortes". "Le temps où la communauté chinoise n'osait pas porter plainte est fini", s'insurge Élodie, venue distribuer des tracts lors de la manifestation."Nous, la seconde génération, dont je fais partie, avons un meilleur français que nos aînés. C'est à nous d'élever la voix. La première marche était silencieuse. Maintenant vous entendez des cris de colère. Et tant que les choses ne s'amélioreront pas, le volume et la colère vont augmenter", prévient-elle.

Pour Wansheng Chi, le président de l’association des Chinois résidant en France, "un sentiment d’insécurité grandit au sein de la communauté chinoise en France depuis environ cinq ans". A tel point que l’association de l’amitié chinoise en France a décidé d'organiser "l’auto-défense" de la communauté chinoise d’Aubervilliers. Grâce au réseau social chinois WeChat, Hua Qin Cao est alerté par les victimes après toutes les agressions, ou presque. "En Seine-Saint-Denis, différents groupes de protection se sont ainsi mis en place", décrit-il. Mais cela ne suffit pas.

Mercredi dernier, à l'issue d'une réunion entre la préfecture et les associations mercredi, l'État a annoncé une première série de mesures visant à "mettre un terme aux agressions violentes" : extension de la vidéoprotection à Aubervilliers, réunion sur place en septembre avec le commissariat et les associations, et cofinancement d’actions pour "faire connaître et impliquer la communauté". "Cette connaissance contribuera à lutter contre les clichés, eux-mêmes souvent source des agressions", estime la préfecture.

"Plus de 70 interpellations" ont également été réalisées depuis le début de l'année pour des vols avec violence ou vols à la portière. La lutte "contre cette délinquance violente se poursuivra, avec l'appui de renforts départementaux", assure la préfecture. Des interpellations pourtant inutiles, selon Li-Wei, elle aussi venue manifester ce dimanche : "Le problème, c'est que même lorsqu'ils sont arrêtés, les mineurs sont immédiatement relâchés, dénonce-t-elle. On subit, et on en a marre !"

Une autre marche est d'ores et déjà prévue le 4 septembre prochain.