Vingt heures d’enregistrements clandestins, réalisés par le majordome des Bettencourt. Ce dernier a été mis en examen pour "atteinte à l’intimité de la vie privée".

Ce sont vingt heures de bandes sons, réalisés à l’aide d’un dictaphone par le majordome des Bettencourt. Ce dernier était entré au service des Bettencourt en 1989. Ses enregistrements sont au coeur du dossier judiciaire.

On y retrouve tout ou presque de ce qui est devenu aujourd’hui “l’affaire Bettencourt” : financements politiques douteux, fraude fiscale, conflits d’intérêts. Et même si certains soupçons pèsent sur Françoise Meyers - la fille a-t-elle demandé au majordome de réaliser ces enregistrements clandestins, trois mois après les conclusions d’un rapport psychiatrique selon lequel Liliane Bettencourt est en “parfaite santé d’esprit”? -, le majordome affirme, lui, qu’il a décidé seul de poser son dictaphone dans le salon.

En 2013, il confie à Vanity Fair :

J’ai toujours servi loyalement. Je me sentais mal dans la peau d’un espion. Ce qui m’a aidé à tenir, c’est la révolte que j’éprouvais en découvrant à quel point ces hommes abusaient Mme Bettencourt alors qu’ils étaient censés l’assister. Je me disais que si un jour, sa fille me demandait comment j’avais pu laisser passer tout cela, j’aurais honte de moi. Je ne pouvais pas accepter l’inacceptable.

Dans son livre, Un milliard de secrets, Marie-France Etchegoin relate cette scène :

  • François-Marie Banier : "Vous avez quelque chose à me reprocher ?"
  • Le majordome : "Je n'apprécie pas que vous traitiez Madame de salope ."
  • Banier, interloqué: "Mais enfin, c'est pour rire, c'est affectueux. Vous ne dites jamais salope à votre femme? "
  • Pascal, intraitable : "Madame n'est pas votre femme ".

Alors le majordome dépose discrètement son dictaphone, sur un guéridon, juste derrière le fauteuil de Madame dans le salon des Bettencourt. Et enregistre. Il échappe ainsi aux recherches de Patrice de Maistres. Car le gestionnaire de fortune se méfie de lui. Au printemps 2008, il rameute d’anciens de la DGSE pour fouiller l’hôtel particulier de Neuilly. Puis, trouvant louche que Pascal Bonnefoy n’ait pas été convoqué par la police, réitère l’opération à la recherche d’éventuels micros cachés. En vain

Dès le 16 juin, les sites Internet de Mediapart et du Point publient des extraits de ces enregistrements. Aujourd’hui, cinq journalistes et ancien journaliste de ces deux médias sont mis en examen aux côtés de Pascal Bonnefoy pour atteinte au secret de l’intimité, après les plaintes de Liliane Bettencourt et François-Marie Banier.

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