Quelques milliers de magistrats sont sur le pont pour contrôler les bureaux de vote, trancher les litiges liés aux listes électorales, et établir les résultats définitifs.

Quelques milliers de magistrats ont pour mission de vérifier le bon déroulement du vote
Quelques milliers de magistrats ont pour mission de vérifier le bon déroulement du vote © Radio France / Sara Ghibaudo

Certains prendront le volant un peu avant 8H, les yeux rivés sur le GPS, à la découverte de communes dont ils n'ont parfois vu le nom que sur procès-verbal : ces quelques 2 200 magistrats ont pour mission de contrôler les bureaux de vote.

Ce dimanche à Saint-Quentin, dans l'Aisne, Sarah Moussouni joue pour la première fois ce rôle de délégué du Conseil constitutionnel. Ses guides, le code électoral et le vade-mecum sur les vérifications à effectuer : "on a à la fois des éléments matériels à vérifier, l'urne, l'isoloir... et le bon déroulement du scrutin: la vérification des identités, le fait de faire signer la liste d'émargement, APRES avoir glissé l'enveloppe dans l'urne...".

Sur le ressort de Saint-Quentin, deux magistrats seront sur les routes, pour que chaque bureau soit visité au moins une fois sur les deux tours de la présidentielle. Au premier tour, c'est notamment la présidente du tribunal de grande instance, Sabine Orsel qui s'y est collé. Une course de fond : "j'ai dû faire 250 kilomètres et visiter 45 à 50 communes. J'avais préparé mon itinéraire la veille pour essayer de passer dans le plus de communes possibles... Il faut arriver à ce qu'il y ait le plus de contrôles possibles dans des communes où il n'y en n'a pas en dehors de la présidentielle".

Une priorité : rappeler les règles

Lors des autres scrutins, seules les villes de plus de 20 000 habitants ont une commission de contrôle des opérations de vote. Dans les petites communes, on est parfois étonné de voir arriver le délégué du Conseil constitutionnel. Sur l'ensemble de la France, le nombre d'irrégularités est infime, mais le Conseil a quand même annulé les résultats de 12 bureaux pour le premier tour. Dans un cas, les assesseurs étaient partis faire une pause en laissant le bureau aux mains du seul président, ailleurs c'est souvent le procès-verbal qui a été mal renseigné...

Mais tout au long de la journée, les magistrats doivent veiller à rappeler les règles. Ce n'est que s'ils ne sont pas écoutés qu'ils alerteront leur cour d'appel, voire la permanence du Conseil constitutionnel. Cette pédagogie s'avère souvent nécessaire constate Sabine Orsel : "Il y a beaucoup de bonne volonté et le souhait que tout se passe bien chez les élus qui organisent le vote, mais parfois c'est bien qu'il y ait un regard extérieur qui vienne rappeler que oui, l'isoloir il faut s'assurer que tout le monde y passe vraiment, que non, on ne peut pas remplir des parties du procès-verbal avant d'avoir dépouillé... Il y a un certain formalisme à respecter, même dans un bureau où il y a 40 inscrits."

Qui a les clés de l'urne ?

Parfois, il y a un léger moment d'affolement dans le bureau pour remettre la main sur le procès-verbal des opérations de vote, qui doit pourtant être à la disposition des électeurs. Et puis, avant de partir, Sabine Orsel aime poser la question piège : qui a les clés de l'urne ?

Sabine Orsel explique : "Il est prévu que ce soit deux personnes différentes, membres du bureau, qui aient la clé de l'urne. La plupart du temps les règles sont bien respectées, mais parfois on m'a dit, 'elles sont bien cachées' ! Il a fallu insister pour que devant moi deux personnes prennent en charge les clés. Les gens veulent bien faire et pensent que c'est plus sûr, il faut leur expliquer que s'il y a deux clés pour une urne c'est pour éviter qu'une personne toute seule puisse ouvrir l'urne et changer ce qu'il y a dedans !"

Le palais de justice de Saint Quentin
Le palais de justice de Saint Quentin © Radio France / Sara Ghibaudo

Au palais de justice de Saint-Quentin, un greffier et un juge accueilleront jusqu'à 19H les radiés des listes électorales. Souvent, c'est une erreur, constate le magistrat Jean-François Louaver : "La tendance c'est l'erreur matérielle, la ligne qui a sauté sur le rôle du registre électoral. On a aussi des problèmes d'homonymie, on a eu des cas récemment qui vont jusqu'au deuxième ou troisième prénom!". Le juge fera tout pour rendre sa décision avant la fermeture des bureaux de vote. Et s'il n'y a pas trop de contestations, le magistrat et le greffier profiteront de ce dimanche pour faire diminuer un peu leur pile de dossiers en cours...

Dans les préfectures, des magistrats sont aussi chargés de vérifier le recensement des votes, pour établir les résultats définitifs. A eux de trancher par exemple pour dire si un bulletin est blanc ou nul. Ils vont y passer la nuit.

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