Elles sont deux femmes à se succéder à la barre. L’une est épicière à Paris. L’autre ancienne avocate et aujourd’hui commissaire enquêteur.

Deux femmes venues témoigner de leur expérience face à la mort. Nathalie Debernardi a perdu son mari, psychiatre, vaincu par la maladie de Charcot. Liliane Bordet a vu son père se suicider face à un cancer généralisé, puis sa mère se laisser mourir en refusant tout soin après un accident vasculaire cérébral qui l’avait rendue hémiplégique.

Toutes deux ont vu leurs proches affirmer, en toute conscience, vouloir mourir pour éviter les souffrances de la maladie. Toutes deux se sont heurtées aux limites de la loi.

Très émue, difficilement, Nathalie Debernardi raconte : “la maladie a progressé de manière fulgurante. Il ne voulait pas aller au bout des traitements parce qu’il savait que la maladie de Charcot est incurable, personne n’a jamais guéri de cette maladie. On a entamé les démarches pour aller en Suisse, mais il n’était pas transportable. On a alors demandé à l’hôpital de recourir à la morphine. Pendant près de trois semaines, tous les jours, il disait qu’il voulait mourir.”

Finalement, Michel mourra chez lui. Mais après beaucoup de souffrances. A la barre, sa veuve conclut : “Michel aurait aimé rencontrer un docteur Bonnemaison qui comprenne sa douleur et apaise sa souffrance.“

L'avocat général par Anthony Hranyczka
L'avocat général par Anthony Hranyczka © Esba TALM - Angers

Au pays basque, Liliane Bordet, elle, a souffert a posteriori de l’”affaire Bonnemaison”. Après le suicide de son père, elle assiste, impuissante à la dégradation de sa mère.

“En permanence, elle avait des souffrance physiques avec des terreurs nocturnes incontrôlables. Elle a commencé à verbaliser son envie d’en finir. Mais il y avait déjà l’affaire Bonnemaison et ça a paralysé tout le personnel soignant. Le médecin lui a proposé une solution terrifiante : il lui a dit que si elle arrêtait les soins, il y avait une probabilité que la mort la rattrape. On a attendu un mois, un mois d’agonie.”

Dans une salle d’audience figée par l’effroi, elle poursuit : “moi, je suis pas une militante mais je sais où se trouve la dignité dans la fin de vie. Je sais que la solution légale qu’on a apporté à mes parents n’est pas acceptable.”

L’une après l’autre, ces femmes, dans leur douleur et l’émotion de leurs témoignages, ces femmes ont posé à la cour d’assises une lourde question. Celle de la justesse de la loi.

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