Centre de détention de Chateaudun
Centre de détention de Chateaudun © MaxPPP/Eric Malot

C’était au mois de novembre dernier, Stéphane n’avait pas réintégré sa cellule du centre de détention de Chateaudun à l’issue d’un week end de permission. Quelques jours plus tard, il s’était exprimé dans la presse, expliquant qu’il ne supportait plus le climat de violence que quelques détenus y faisaient régner. Depuis, Stéphane a été repris. Hier, il a été jugé à Chartres pour ce qui est considéré juridiquement comme une évasion. Et le tribunal correctionnel l’a condamné à une peine d’un an de prison avec sursis.

Quand Stéphane entre dans le box des prévenus, le premier signe distinctif qui saute aux yeux, c’est sa petite taille et sa fine constitution. La seconde est son attitude calme, posée, réfléchie qui tranche avec le portrait judiciaire que la Présidente du tribunal dresse. 25 condamnations au casier, soit un total de 7 années de prison : des vols, de la violence, des conduites alcoolisées, de la détention d’arme, de la mise en danger d’autrui, des destructions, on y trouve de tout « mais pas de drogue » relève tout de même la magistrate. Et puis il y a aussi 3 autres évasions. « Elles n’avaient rien à voir avec celle qui est jugée » proteste Stéphane, c’était pour s’occuper de son épouse handicapée qui avait besoin de lui 24 heures sur 24. « Ah oui, ironise la Présidente, celle qui correspond à votre condamnation pour violence sur concubin ».

Mais Stéphane ne se démonte pas et raconte ce que fut son quotidien au sein de cet établissement « ouvert ». C'est-à-dire, dans lequel chacun peut aller et venir en journée de sa cellule aux ateliers, des ateliers à la cour de promenade et de la cour de promenade aux cellules. Au moment de son évasion, Stéphane n’avait plus qu’un mois à purger. Car il avait un projet de travail à l’extérieur. C’était d’ailleurs son dernier week end de permission avant la quille. Mais non, c’en est trop. Car à l’intérieur de la prison de Chateaudun, il est le souffre-douleur de quelques caïds qui profitent de son régime pour exiger de lui qu’il ramène des quantités toujours plus importantes de drogue à chaque fois qu’il rentre de permission. Stéphane est une mule. Et quand il refuse, il se prend des gifles, il se fait casser les dents dans les toilettes de la cour de promenade, celles qui sont situées juste en dessous du mirador des surveillants, à l’abri de leurs regards. Et dehors, c’est sa copine qui se fait harceler et menacer. Alors, même s’il ne lui reste plus qu’un tout petit mois à tenir, un tout petit mois ce n’est rien par rapport aux 7 années qu’il a déjà passées derrière les barreaux, malgré cela, Stéphane ne revient pas le dimanche soir, se mettant pour la 4° fois de sa vie en situation d’évasion. Plus tard, sur les conseils de l’association « Robin des lois » qu’il sollicitera, Stéphane lancera un appel dans la presse. Plus tard encore, les gendarmes le retrouveront et le ramèneront en prison, mais dans un autre centre de détention où Stéphane reconnaît aujourd’hui qu’il y est « très bien ».

A la barre des témoins, Christelle confirme toute l’histoire de son compagnon, à laquelle elle ajoute les appels de menaces qu’elle reçoit encore aujourd’hui. « Je vis avec un couteau sous mon oreiller, une batte de base ball près de la porte et j’ai ce qu’il faut dans la voiture » confesse t’elle au tribunal en tremblant d’émotion.

Mais le plus étonnant sortira de la bouche de ce surveillant de Chateaudun, un délégué du syndicat FO-Pénitentiaire qui confirme, sans connaître spécialement le dossier de Stéphane, que ce qu’il décrit du centre de détention est conforme à ce qu’il en connaît. « Il y a des années qu’on dénonce la gestion qui rend pénible la vie des personnels et des détenus les plus faibles. Quand un caïd est incarcéré, il recréé ses petits trafics à l’intérieur. Toutes les dénonciations que nous faisons sont classées sans suite par la Direction. Et les détenus qui se font tabasser nous disent qu’ils sont tombés dans les escaliers. Il n’y a plus de règles, plus de respect, ni pour les faibles, ni pour le personnel. Le shit entre par les fenêtres et par les parloirs par kilos. Toutes les enquêtes, les fouilles, les inspections qu’on a demandées ont été refusées. Certains jours, il n’y a que 18 surveillants pour 600 détenus ».

A l’audience, le procureur ne croit pas à cette version « énorme » de l’évasion de Stéphane, il pense plutôt que le prévenu était en saturation du milieu carcéral et qu’il n’a pas eu le courage de revenir à la fin de son week end de permission. Sous entendu, tout le reste a été inventé. Et il réclame 18 mois de prison ferme.

L’avocat de Stéphane plaidera l’état de nécessité pour obtenir la relaxe de son client. Parce qu’il a voulu prévenir « un danger imminent », pour envoyer un message fort à ceux qui pourrissent la vie des centres de détention.

Le tribunal ne reconnaîtra pas l’état de nécessité mais elle condamnera Stéphane à une peine symbolique en pareil cas, une peine d’un an de prison avec sursis, une peine qui ne lui rajoute pas une seule journée supplémentaire dans les « oubliettes de la société ».

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