Aujourd'hui, la cour d'assises spéciale entend les témoignages des parties civiles, venues dire leur douleur d'avoir vu leurs proches tomber sous les balles de Mohamed Merah.

Famille de victimes au lendemain de l'attaque contre l'école Ozar Hatorah de Toulouse en 2012
Famille de victimes au lendemain de l'attaque contre l'école Ozar Hatorah de Toulouse en 2012 © Maxppp / Eric Cabanis

Il y a d’abord eu Samuel Sandler, petit homme barbu. Que l’on a vu chaque jour ou presque prendre sa place sur le banc des parties civiles. A la barre, il “veut dire deux mots de son fils”, Jonathan. De ses petits-fils, Arieh et Gabriel. Tous trois tombés sous les balles de Mohamed Merah. “Gabriel, en sortant de la maison, avait encore la tétine à la bouche. Comment on assassine un enfant avec une tétine?”

Ce matin, la cour d’assises de Paris est devenu le réceptacle d’immenses douleurs. Plus que la salle comble ne peut en recevoir. Alors les larmes coulent. 

“Toute ma vie, mes parents m’ont appris à pardonner. Aujourd’hui je suis désolée, mais je ne peux pas le faire.” Ikram Ibn Ziaten s’est avancée à la barre. Elle s’accroche à ce texte qu’elle a écrit pour venir. Raconte son frère, Imad, premier militaire tué par Mohamed Merah. 

“Ce 11 mars 2012, la haine m’a fait du pied, me proposant une danse”, dit un autre frère Ibn Ziaten, Naoufal. “Mais nos parents nous ont montré le droit chemin”, poursuit-il.  Ces parents, c’est Latifa Ibn Ziaten qui a fait de son message de paix un combat depuis la mort de son fils. “Cette secte, je le vois tous les jours, c’est un danger pour la société”, témoigne-t-elle à son tour. 

Loïc Liber, lui n'a pas pu venir à l'audience.  Ce 15 mars 2012, il est un militaire du 17e régiment du génie parachutiste de Montauban. “J’avais la joie de vivre. Je rigolais, je sortais …”. Aujourd’hui, il est une voix qui résonne depuis une chambre d’hôpital, un homme tétraplégique. Qui “ne respire plus seul” et “parle lentement pour ne pas perdre mon souffle”, explique Loïc Liber à la cour. “Mais je ne peux même pas me déplacer pour vous le dire.” 

Il est un homme qui souffre. A tous points de vue :  “des douleurs insupportables dès le réveil" et d’avoir vu sa vie voler en éclats. “Ma vie est devenu un combat de chaque jour”. Loïc Liber se raconte pudiquement, doucement … puis coupe soudain la communication submergé par l’émotion.

A la barre, s’avance alors la soeur aînée d’Eva Sandler. Cette femme “ à qui on a arraché, en moins de 40 secondes” rappelle-t-elle, son mari et ses deux fils. “J’avais l’impression que c’était demander à un corps limité d’accepter l’illimité”

Alors, Eva Sandler passe ses journées sur son lit, agrandit sur son portable les photos de ceux qu’elle a perdu et les embrasse. L’une, puis l’autre. Puis l’une. 

A l’audience, sa soeur lance comme une supplique : “monsieur le président, faites en sorte que les failles de 2011 ne se reproduisent plus. Faites en sorte que l’amour prime sur la haine.”  

Car tous de leur voix étranglées par la douleur, disent leur “témoignage de vie”. Lorsque vient son tour, Albert Chennouf, père d’Abel, militaire en poste à Montauban lance à la barre : “la famille Merah a tué mon fils. Mais ils ne tueront pas l’amour.” Dans sa main : la photo de ce petit-fils, né quelques semaines après l’assassinat de son père.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.