Faut-il "séparer l'homme de l'artiste" ? Après la sortie le 13 novembre du nouveau film de Roman Polanski, visé par une nouvelle accusation de viol, personnalités politiques et médiatiques s'expriment petit à petit sur le sujet.

Le film "J'accuse" de Roman Polanski divise
Le film "J'accuse" de Roman Polanski divise © AFP / Beata Zawrzel / NurPhoto

Alors que le réalisateur Roman Polanski est visé par une nouvelle accusation de viol depuis vendredi dernier, et que son film "J'accuse" a enregistré au box-office le quatrième meilleur départ pour un film français en 2019, les personnalités politiques et artistiques sont appelées à s'exprimer sur le sujet au fil de leur participation à des émissions télé ou radio, ou de leurs interventions lors d'événements. 

Pour Franck Riester, "une oeuvre, si grande soit-elle, n'excuse pas les éventuelles fautes de son auteur"

Le ministre de la Culture Franck Riester a estimé ce jeudi 14 novembre qu'une oeuvre, "si grande soit-elle, n'excuse pas les éventuelles fautes de son auteur" 

Le talent n'est pas une circonstance atténuante. Le génie, pas une garantie d'impunité !

Franck Riester n'a jamais nommé le réalisateur franco-polonais dans ce discours à Paris lors des Assises de la parité et de la diversité au cinéma. 

Il a insisté sur les particularités des métiers du 7ème art "où le corps et l'intime sont très souvent en jeu, où de jeunes talents ont des envies de réussite, et des personnes en profitent. Où il ne faut pas confondre aura et emprise", tout en assurant de son souci de protéger "la liberté de créer". 

Le ministre avait déjà salué le courage de l'actrice Adèle Haenel, qui a accusé le réalisateur Christophe Ruggia d'"attouchements" et de "harcèlement" quand elle était adolescente. 

Sibeth Ndaye n'ira pas voir le film

Invitée dans la matinale de France Inter ce jeudi, la porte parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a affirmé qu'elle n'ira pas voir "J'accuse". Son explication : "Quand je vais à un spectacle, j'ai besoin de partager quelque chose avec celui qui l'a créé. Je ne pense pas partager grand chose avec quelqu'un qui porte de telles accusations sur lui."

Elle précise tout de même qu'elle n'appelle pas au boycott du film et invite les femmes victimes à aller en justice. 

C'est important que la parole se libère, que les témoignages du passé permettent peut-être à des femmes aujourd'hui de dire des choses. Mais il faut aller en justice

Marlène Schiappa n'ira pas non plus

La secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes a également déclaré qu'elle n'irait pas voir le film "par principe". Elle s'est notamment exprimée dans Le Figaro : "Si dans ce pays, il doit y avoir une seule et dernière responsable politique qui croit ces femmes, ça ne peut être que la personne chargée de ces sujets au gouvernement." 

Nadine Trintignant veut qu'on "fiche la paix" à Roman Polanski

Invitée sur le plateau de BFMTV ce mercredi, la scénariste et écrivaine française a étonnamment qualifié l’accusé de “victime, sous couvert de lutte contre l'antisémitisme. "On est sans arrêt contre lui. Ce ne serait pas Roman Polanski, on lui ficherait la paix. En ce moment en Europe, il y a un antisémitisme sournois qui se réveille. Ce n'est pas le moment d’accabler Roman Polanski." 

Nadine Trintignant est la mère de Marie Trintignant, morte sous les coups de son compagnon Bertrand Cantat en 2003. Concernant Roman Polanski, elle met en doute la parole des femmes qui l'accusent : 

La première était peut-être vraie, les autres, j'ai un énorme doute, je pense que c'est faux ! 

Laurence Rossignol conseille à Roman Polanski de "se faire discret et d'arrêter de nier"

Pour l'ancienne ministre et sénatrice PS de l'Oise, "aller voir le film, c'est passer l'éponge. C'est dire : ce qu'il s'est passé avec ces femmes, c'est pas grand chose". Laurence Rossignol appelle au boycott de _"J'accuse"._ Et elle conseille à Roman Polanski de se faire discret.

Pour Anne Sinclair, "tout aujourd'hui est tribunal populaire"

La journaliste faisait partie des invités à la principale avant-première du film sur les Champs-Elysées à Paris. Interviewée ensuite sur Canal+ dans Clique TV, Anne Sinclair a insisté sur les qualités cinématographiques du film et de ses acteurs. Elle a ensuite précisé : "Il n'y a que deux personnes qui savent la réalité, les deux qui étaient dans la pièce.[...] On nous transforme tous en tribunal populaire". 

Frédéric Mitterrand ira voir le film

Interrogé sur Europe 1, l'ancien ministre de la Culture, qui avait déjà défendu Roman Polanski lorsque les États-Unis avaient relancé leur mandat d'arrêt international en 2009, a réaffirmé son soutien au metteur en scène. Il a affirmé qu'il irait voir le film :

Parce que Polanski est un immense cinéaste et que j'ai très envie de voir la manière dont il parle de  Dreyfus

Pour Christian Estrosi, "ce n’est pas parce qu’il est accusé qu’il est coupable"

La ville de Nice a organisé en octobre le Festival CinéRoman. Le maire niçois Christian Estrosi a répondu sur franceinfo à la question "Boycotterez-vous le nouveau film du cinéaste ?" Sa réponse : 

Les sorties de Roman Polanski sont assez rares, il a fait l'honneur d'être présent au festival de Nice, son dernier film est absolument extraordinaire.

"C’est à lui d’assurer sa défense", a-t-il ajouté. "Mais je ne me rangerai pas du côté de ceux qui lancent l’hallali comme cela, c’est trop facile", insiste Christian Estrosi. "Il y a une présomption d'innocence qu'il faut respecter dans notre pays."

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