"Frustrés du djihad" n’ayant pas pu partir pour la Syrie, détenus radicalisés en fin de peine, personnes fichées… Pour lutter plus efficacement contre ces menaces intérieures, les services de renseignement vont être profondément réorganisés et leurs moyens renforcés, d’après nos informations.

Un ensemble de mesures internes aux services de renseignement sera adopté dans les prochains jours en France
Un ensemble de mesures internes aux services de renseignement sera adopté dans les prochains jours en France © AFP / François GUILLOT

La cellule de coordination du renseignement de l'Élysée, Matignon, la Place Beauvau et les patrons des différents services de renseignement intérieur, se sont attaqués depuis plusieurs mois au "mille-feuille" des cellules de coordination entre services et autre failles sur les signaux faibles. 

Cette fois, pas d'étage supplémentaire, mais des fusions de service, des prérogatives élargies et des objectifs de meilleurs suivis pour tenter d’améliorer encore la détection de suspects par les services de renseignement et le suivi des personnes radicalisées. En particulier celles qui sortiront de prison dans les deux ans à venir.

On ne connaîtra pas dans le détail des mesures classées secret défense mais qui seront évoquées ce mercredi matin en conseil des ministres. Elles proviennent toutes des leçons tirées des récents attentats à Paris et dans l’Aude, mais également de Magnanville ou encore de Saint-Etienne-du-Rouvray. 

Comment mieux détecter ce que les services qualifient de "frustrés du djihad" qui seraient parti en Syrie il y a quatre ans et qui ne le peuvent plus ? Comment s’assurer que ceux qui sortent de prison, mais qui sont toujours soupçonnés d’être radicalisés, soient réellement surveillés ? Comment améliorer encore les échanges d’information pour ce que l’on appelle le "bas du spectre", c'est à dire des personnes fichées pour radicalisation ? 

Une unité spéciale de suivi des "sortants" 

Selon nos informations, la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, basée à Levallois, devrait voir ses moyens encore renforcés pour mieux surveiller, par exemple, les cas les plus sensibles de ce que l'on appelle "les sortants", ces personnes actuellement en prison et qui se sont radicalisées ou celles qui ont été condamnées dans des affaires de terrorisme. Leur nombre montera en puissance dès 2020 confie un responsable de la lutte antiterroriste et les "profils déjà repérés impliquent déjà de s'organiser, d'anticiper pour assurer un suivi effectif"

Le renseignement pénitentiaire, avec ses 300 agents, sera également de nouveau renforcé. Une cellule spéciale devrait être créé pour s’assurer justement que les futurs ex-détenus seront bien pris en charge par les services concernés (Direction générale de la Sécurité intérieure, Service central du renseignement territorial, Direction du Renseignement de la préfecture de police de Paris), que leur cas soient bien pris en compte chaque semaine, lors des réunions d'évaluation dans les préfectures au sein des Groupes d'évaluation départementaux, avec des croisements systématiques auprès des acteurs de la société civile, associations, éducation nationale etc.

Cette Unité spéciale "sortants" sera rattachée directement auprès du ministre de l'Intérieur au sein de l'UCLAT, l'Unité de Coordination de la Lutte Anti Antiterroriste qui conserve son acronyme après avoir absorbé l’état-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT) créé en juin 2015, sous Bernard Cazeneuve.

Certaines fiches S toujours mal renseignées 

Enfin, et cela a déjà été dévoilé ces dernières semaines par le chef de l'État, un cadre précis sera défini pour un échange d’information entre les préfets et les maires sur des mosquées ou des associations jugées problématiques, et au cas par cas sur certains individus. Mais en aucun cas, il n'y aura d'accès aux fichiers des services de renseignement, précise-t-on du côté de l'Élysée. 

Des fichiers dont certains ont encore besoin d'être revus et corrigés notamment pour certaines fiches S (risque d'atteinte à la sûreté de l'État), pour les cas considérées comme les moins dangereux. Les adresses font encore parfois défaut, des soucis liés à la nationalité aussi, confie un autre haut responsable des services de renseignement. 

Un travail de lissage est déjà en cours entre fichiers consacrés aux personnes suspectées de radicalisation avec un risque terroriste. 

Le service central du renseignement territorial devra par exemple créer, dans les semaines qui viennent, près de 700 fiches S pour des personnes déjà inscrites dans l'autre grand fichier des services de renseignement, consacré au phénomène de la radicalisation djihadiste (FSPRT).

Cela ne supposera évidemment pas une surveillance active automatique des personnes ciblées, mais ce suivi entraînera des alertes lors de contrôles par la police ou la gendarmerie ou lors de passages frontières européens notamment dans les aéroports. 

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