[ Ces images appartiennent à la collection photographique de la Galerie Lumières des Roses, spécialisée dans la photographie anonyme ]

Sur l’image, tout y est : le regard glaçant de l'accusé à droite ; devant, son avocat, un ténor du barreau de l’époque ; et en fond de la cour d'assises de Paris... les valises des victimes.

Procès du Docteur Petiot Mars 1946
Procès du Docteur Petiot Mars 1946 © Photographe anonyme - Courtesy Galerie Lumière des Roses

En mars 1944, à Paris, les pompiers sont alertés d’une odeur pestilentielle provenant de l’hôtel particulier appartenant au docteur Petiot, au 21 rue Le Sueur . C'est ici qu’ils font une macabre découverte : des membres humains dépecés, prêts à être incinérés et d’autres corps en train de brûler dans une chaudière à bois. Plus loin, une fosse de cadavres rongés par la chaux… Un charnier en plein Paris. Les policiers refusent de s’occuper de la récupération des corps : il faut faire appel aux fossoyeurs du cimetière de Passy. Un avis de recherche est lancé. Le propriétaire des lieux, lui, est en fuite.

Ancien maire de Villeneuve-sur-Yonne, Marcel André Henri Félix Petiot , de son vrai nom, ouvre un cabinet médical lorsqu'il arrive à Paris, au 66 rue Caumartin, lieu où il réside également. Rue Lesueur, il s'offre un immeuble où il effectue de nombreux travaux pour être à l'abri des regards. Qui sont les victimes retrouvées là-bas ? Pour la plupart des Juifs, fuyant la Gestapo. Petiot leur avait fait croire qu’il menait un grand réseau de passeurs : il leur promettait la fuite en Argentine, où le calvaire nazi serait loin... Mais les choses ont tourné différemment et ils ne sont jamais sortis de l'hôtel du docteur Petiot.

À l'écouter, Marcel Petiot est un grand résistant. Comme il est en fuite, après la macabre découverte, le commissaire chargé de l'enquête se rapproche d'un journaliste. Ensemble, ils confectionnent un article totalement faux, publié dans le journal Résistance, connu de ces temps-là. L'article volontairement provocateur, intitulé Petiot, soldat du Reich , le dépeint comme un nazi en cavale, expliquant qu'il est admiratif de l'Occupant allemand. Il n'en fallait pas moins pour faire sortir le loup du bois… Petiot envoie une lettre au journal dénonçant un ramassis de mensonges : « Je ne suis pas l’homme que vous décrivez ». Il demande un rétablissement de son statut de résistant et envoie un droit de réponse manuscrit. Il dit appartenir aux Forces françaises de l'intérieur (FFI), qui tentaient de libérer Paris, à cette époque. C'est grâce à tous ces indices (à son écriture notamment) qu'il sera repéré dans une troupe des FFI et arrêté.

Un procès-spectacle

Procès du Docteur Petiot Mars 1946
Procès du Docteur Petiot Mars 1946 © Photographe anonyme - Courtesy Galerie Lumière des Roses

Pendant son procès, le premier à être aussi médiatisé en France, celui que l'on a surnommé dans la presse Le Satan de l'Occupation, est accusé de vingt-sept meurtres. Pourtant, il en revendique soixante-trois. Il dit avoir agi au nom de la France libre, et n'avoir tué que des Allemands nazis :

Je ne suis pas un assassin, je suis un exécuteur.

Tueur fou ou grand justicier de la résistance ? La psychologie de l’accusé fait pencher l’opinion et le jury pour la première hypothèse. En effet, par le passé, il a été interné dans un hôpital psychiatrique où les médecins le décrivent comme un « mythomane, maniaco-dépressif, un individu sans scrupule, dépourvu de sens moral ». Mais l'avocat de la défense, maître René Floriot, ténor du barreau de l'époque, ne plaide pas la folie. Il ne nie pas non plus les meurtres. Son principal argument : ces Allemands ont été tués pour la bonne cause, la résistance française.

Le juge Ferdinanc Golletty , en charge du procès, a une conviction : les victimes sont les propriétaires des valises retrouvées dans l'hôtel particulier. Il décide alors d'exposer au public les 49 valises, pesant 655 kilos au total, en lançant un appel à témoins, dans l'espoir que des gens identifient les effets personnels de certaines victimes. Une femme, Renée Gushinow, reconnaît par exemple les affaires de son mari disparu, qui allait consulter le docteur Petiot mais qui a disparu. Autre découverte qui mettra à mal l'argumentaire de la défense : l'une des valises contient le pyjama du petit René Kneller , disparu avec ses parents. Un enfant... collabo ? Le mobile politique des meurtres de Petiot ne tient plus.

Pendant son procès, Marcel Petiot s'amuse : en très bon orateur, il pique la vedette à son avocat et mène presque les débats. L'air froid, parfois arrogant, le sourire aux lèvres... Il s'endort même à un moment donné et ose l'humour : > Monsieur le Président, je ne suis pas le premier médecin à avoir tué ses clients ! **Le procès vire au spectacle.** Il publie même un livre qui sort aux premiers jours du procès. Résultat : des personnes du public viennent lui demander des dédicaces... Ce sera pourtant son dernier show. **Six heures de plaidoirie du maître Floriot et 135 questions du jury plus tard,** Marcel Petiot est condamné à la guillotine, le 4 avril 1946 pour vingt-quatre meurtres. Lorsque l'avocat général le questionne une dernière fois, au pied de la guillotine, il répond, fidèle à lui-même : > Je suis un voyageur qui emporte mes bagages. **[►►►ALLER PLUS LOIN || La Galerie Lumière des Roses chez Brigitte Patient, dans Regardez Voir](http://www.franceinter.fr/emission-regardez-voir-les-photographes-anonymes) pour une émission spéciale sur les photographes anonymes**
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