Le témoignage d'un colonel de gendarmerie mobile sur des violences policières présumées, le 1er décembre dernier, a déclenché une riposte cinglante de la police.

Les violences policières présumées et les témoignages au coeur d'un reportage sur BFM-TV
Les violences policières présumées et les témoignages au coeur d'un reportage sur BFM-TV © AFP / Hans Lucas / Jonathan Philippe Lévy

Les manifestations des "gilets jaunes" sont au cœur d'un reportage diffusé ce lundi soir sur BFM-TV. Avec un chapitre consacré aux plaintes pour violences policières et ce témoignage inédit d'un commandant de groupement de gendarmes mobiles sur l'intervention de CRS dans un Burger King, près de la place de l'Étoile. Mikaël Di Meo explique : 

Quand les manifestants parlent de violences policières, et quand je vois ça, je suis obligé d'aller dans leur sens. Il y a des violences policières et là, on est sur des violences policières...

Le colonel fait référence à ces images, largement partagées peu après les faits.

Une vidéo que nous avions publiée dans nos articles consacrés aux polémiques sur les opérations de maintien de l'ordre.

Des policiers scandalisés

Il n'y a pas eu de réaction officielle du côté de la Direction Centrale des CRS, mais la citation a tout de même fait réagir le Directeur général de la police nationale, Eric Morvan, dans un tweet :

Sauf qu'au-delà de ce simple tweet, le commentaire du colonel Mikaël Di Meo a déclenché un véritable tollé du côté des policiers et notamment de l'un des deux syndicats d'officiers. Un tract diffusé par Synergie Officiers évoque ainsi "une stratégie de dénigrement de la part de la gendarmerie", qui "devient "systématique en l'absence de réaction des plus hautes autorités". Le syndicat exige même une condamnation de ces propos par le ministère de l'Intérieur lui-même, en plus d'un "rappel à l'ordre" de la gendarmerie, "qui n'est pas la directrice de conscience des policiers".

Tract de Synergie Officiers
Tract de Synergie Officiers

Patrice Ribeiro, le patron du syndicat Synergie va plus loin et estime, au micro de France Inter, que c'est "scandaleux" qu'un colonel de gendarmerie prononce une telle "sentence morale". "Nous n'avons pas de leçon à recevoir des gendarmes" dit-il. Selon le responsable syndical policier, dans cette affaire où une enquête préliminaire est toujours en cours (parquet de Paris), où l'Inspection générale de la police nationale n'a toujours pas bouclé ses investigations, on ne sait même pas si les manifestants avaient des armes par destination au moment où ils sont entrés dans le fast-food.

On ne sait pas comment s'est passé le tout début de la séquence et donc, pour le syndicaliste, _"tout ça est très péremptoire, décontextualisé, il y a visiblement une stratégie de la gendarmerie depuis le début des "gilets jaunes", peut-être pour faire oublier Sivens ou l'affaire Adama Traoré, qui vise à créer un écran de fumée. On l'a déjà vu sur l'usage des LBD (en référence à un éditorial du magazine 'L'Essor de la gendarmerie' critiquant le nombre de tirs de balles de LBD effectués par la police, dix fois plus que par les gendarmes). "Les gendarmes travaillent plutôt dans les campagnes et les violences urbaines, ce n'est pas vraiment leur spécialité."_

Une colère policière qui survient après plusieurs passes d'armes police/gendarmerie depuis la période des attentats en 2015. La phrase de  Mikaël Di Meo a été la goutte d'eau qui fait déborder le vase...

Une colère que la hiérarchie de la gendarmerie veut éteindre très vite, si l'on en croit les tweets du directeur général de la Gendarmerie nationale, Richard Lizurey :

Des avancées majeures dans l'enquête ces dernières semaines

Il y a encore un mois, l'enquête sur "l'affaire du Burger King" ne progressait pas, selon une source proche du dossier. L'IGPN avait pourtant analysé plusieurs vidéos en amont et en aval de la scène. Les casques des CRS étaient parfaitement identifiables et les compagnies, qui évoluaient près de l'Étoile, étaient parfaitement connues. Mais il n'y avait eu "aucun témoignage de policiers présents dans le Burger King ou à l'extérieur" selon cette même source. 

Selon BFM-TV, qui a recueilli hors micro le témoignage de plusieurs agents, le chef de groupe a hurlé ce jour-là des ordres comme "triquez-les" ou encore "sortez-les de là et cassez-leur la gueule".

Selon nos informations, plusieurs hauts responsables des Compagnies Républicaines de Sécurité ont été entendus ces derniers jours au siège de l'IGPN, l'Inspection Générale de la Police Nationale à Paris, et tous les agents qui se trouvaient à l'intérieur du Burger King ont été identifiés. Il s'agirait de CRS dépendant de la zone Est. Plusieurs convocations ont été envoyées à Metz, et ces agents seront entendus dans les prochains jours.

Toujours selon nos informations, la police des polices disposent d'une autre vidéo qui montre le début du pillage du fast-food et de l'intervention des CRS. L'un des patrons au niveau national n'a pas commenté sur le fond les coups de matraque sur des suspects à terre, mais a tenu à rappeler "l'enfer" dans lequel ses hommes sont intervenus, après 15 heures dans le chaos parisien sous des jets de pavés, d'acide et des tirs de mortiers. La compagnie concernée comptait alors dans ses rangs 15 blessés, dont un grièvement.

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