Une ONG publie un rapport qui exhume des interrogations accablantes dans le dossier de ce sexagénaire mort en 2009 après un contrôle policier, classé sans suite en 2016.

Lors d'une manifestation contre les violences policières, les proches d'Ali Ziri demandent justice (mars 2013).
Lors d'une manifestation contre les violences policières, les proches d'Ali Ziri demandent justice (mars 2013). © Maxppp / DELAVILLE Fabrissa

La mort d'Ali Ziri fut l'une des affaires emblématiques de "la police des polices" à la fin des années 2000 et n'est pas sans rappeler l'affaire Adama Troaré.

Interpellation et arrêt cardiaque

Ali Ziri, un "chibani" de 69 ans, retraité d'origine algérienne, avait été interpellé à Argenteuil, près de Paris, le 9 juin 2009.

Il revenait d'une soirée très arrosée et était dans une voiture avec un ami de 60 ans, qui conduisait. Les deux hommes ont été menottés suite à un contrôle routier et placés à bord d'un véhicule de police afin d'être conduits au commissariat. Dans la voiture, les agents de police les ont immobilisé en les pliant de force, les genoux et le thorax compressés contre les cuisses (technique dite du pliage).

Peu après Ali Ziri est victime d'un arrêt cardiaque ; il reste plus d'une heure et demi sans assistance à l'hôtel de police et décède à l'hôpital le 11 juin 2009.

En 2016, la justice avait fini par classer le dossier sans suite. Un recours avait alors été rapidement déposé devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

Des violences policières

L'ACAT, l'Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, une ONG chrétienne de défense des droits de l'homme spécialisée dans les violences policières publie ce vendredi un rapport qui exhume des zones d'ombres accablantes.

Le rapport de l'ONG dénonce les violences policières.
Le rapport de l'ONG dénonce les violences policières. © ACAT

Selon cette ONG, le "pliage" d'Ali Ziri dans la voiture a duré 4m26s. La directrice du rapport de l'ACAT, Aline Daillère a surtout été surprise par l'explication fournie par le gardien de la paix qui l'a maîtrisé."C'était une tentative de coups de tête reconnue comme étant vaine de la part de M.Ziri et des insultes et des crachats", explique-t-elle.

Après enquête interne, la technique du pliage a finalement été jugée réglementaire et proportionnelle à la menace ce soir là.

Ce qui a été sanctionné administrativement en revanche, c'est l'arrivée au commissariat. Une vidéo montre ainsi Ali Ziri immobile, la tête pendante. Il sera malgré cela laissé au sol, menotté en position latérale dans son vomi durant près de trois-quart d'heure.
"Malgré sept ans de procédure on ne sait pas ce qui s'est passé durant ce délai", souligne Aline Daillère.

Une enquête interne et incomplète

Selon l'ACAT, l'enquête interne est donc également problématique.

Cette affaire révèle un système d’enquête défaillant, dans lequel les investigations ont été réalisées prioritairement par des pairs et n’ont pas permis de relever les déclarations contradictoires, incohérences ou incertitudes concernant le déroulé des faits. (Rapport de l'ACAT)

L'ONG ne comprend pas pourquoi les investigations ont été faites au sein même du commissariat dans lequel exercent les trois agents qui ont interpellé Ali Ziri et pourquoi l’IGPN, la "police des polices", n'est intervenue que plus de trois mois après.

Aujourd'hui, l’ACAT demande une vaste réforme du système d'enquête et l’interdiction définitive de la technique du pliage qui peut conduire à des asphyxies positionnelles. Les syndicats de police, eux, réclament depuis plusieurs années la prise en charge directe par les pompiers des cas d'alcoolisme qui relèvent de simples contraventions.

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