La cour d'assises de Loire-Atlantique a examiné mardi la personnalité de Lydie Troadec. Elle comparaît aux côtés de son ex compagnon, Hubert Caouissin, jugé pour quadruple meurtre. La quinquagénaire encourt 3 ans de prison pour l'avoir aidé à cacher les traces du crime.

Lydie Troadec (à droite) au procès qui a commencé lundi à la cour d'assises de Loire-Atlantique
Lydie Troadec (à droite) au procès qui a commencé lundi à la cour d'assises de Loire-Atlantique © AFP / Benoit PEYRUCQ

Lydie Troadec parle d'une voix égale. Vêtue d'un pull blanc, elle a une silhouette de ballerine, menue, le visage encadré de longs cheveux bruns. Elle n'a pas échangé un regard avec Hubert Caouissin, assis à deux mètres d'elle. Au premier abord, ses mots sont souvent stéréotypés. Son frère Pascal? "Je l'aime bien", dit-elle, avant que la présidente lui fasse remarquer qu'il est étrange d'en parler au présent, quatre ans après sa mort violente.

Charlotte et Sébastien, sa nièce et son neveu, également morts ce soir de février 2017 dans leur pavillon d'Orvault ? "Ils étaient gentils". Sa belle-sœur Brigitte, la quatrième victime? Pas de problème. Mot à mot, pourtant, Lydie Troadec décrit une enfance sans affection, un père dur et exigeant, une mère "gentille, mais handicapée des sentiments".

Tout est flou et parfois contradictoire avec Lydie Troadec. Ce frère, dont elle dit avoir été proche, elle dit aussi qu'il la frappait quand ils étaient enfants, qu'il était jaloux d'elle ; elle raconte avoir pris ses distances, tout en lui reprochant d'avoir coupé les ponts avec elle à l'âge adulte. 

Lydie Troadec semble parfois flotter comme un bouchon au gré de l'eau, comme si elle n'avait pas vraiment d'avis. La présidente lui rappelle les surnoms odieux donnés à son frère et sa belle-sœur, retrouvés sur l'ordinateur du couple : "Crapule" et "la grosse dondon". "C'était Hubert", dit-elle. À ses côtés, brièvement, son ex-compagnon lui lance un regard acéré.

"Vous l'avez vraiment cru ?"

Le vol de l'or de la famille par Pascal, qui serait à l'origine de tout ? Certes, elle y a cru. Mais aujourd'hui, elle pense que ça n'a pas existé. Pourquoi, demande la présidente ? "Dans les médias, on dit que ça n'existe pas" répond-elle du même ton placide. 

Sa lecture du monde est exclusivement hostile. À la maternité, à l'école, au travail, dans sa famille, tout ce que font les autres est perçu comme injuste et malveillant. Sauf Hubert Caouissin, qu'elle rencontre à l'âge de 37 ans : "Il m'a aidé à avoir une meilleure image des hommes", dit-elle. Elle le reconnaît, en se retranchant dans leur ferme du Finistère, "on s'est coupés du monde". Un isolement qui a laissé libre cours à leur paranoïa. Ils déscolarisent leur fils, qu'ils pensent harcelé à l'école. Ils vont jusqu'à imaginer que Pascal et Brigitte veulent le tuer, toujours à cause de cette histoire d'or. "Vous l'avez vraiment cru ?" demande la présidente. Lydie Troadec marque un long silence. "C'est ce que Hubert m'a dit."

Le patient interrogatoire de la présidente finit par faire éclater ce calme apparent. Lydie Troadec se souvient des crises d'Hubert Caouissin, après son "burn-out" en 2013 : "Il se tapait la tête contre les murs… J'avais mal pour lui" dit-elle avec des larmes dans la voix. Que ressent-elle aujourd'hui ? "De la colère." Contre Hubert, et contre elle-même. "J'ai pas vu qu'il était malade, je suis passée à côté" dit-elle entre deux sanglots. "Je culpabilise… Si je m'en étais rendue compte, tout ça ne serait peut être pas arrivé". 

Hubert Caouissin garde les yeux baissés. Mercredi, la cour se penchera sur sa personnalité.