Au-delà de l’indignation suscitée par les images de l’interpellation de lycéens, ce jeudi, des avocats du barreau de Versailles s’indignent des conditions dans lesquelles se sont déroulées les gardes à vue de mineurs. Leurs droits n’auraient pas été respectés.

Parmi les mineurs interpellés à Mantes-la-jolies, certains ont été entendus sans avocat
Parmi les mineurs interpellés à Mantes-la-jolies, certains ont été entendus sans avocat © Capture d'écran

"J’en suis restée abasourdie", raconte Leïla Volle, avocate au barreau de Versailles. Ce jeudi, elle est appelée pour assurer la défense d’adolescents qui viennent d’être interpellés à Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines. Au vu de l’ampleur des arrestations, ses confrères de permanence ont besoin de renfort. "J’ai été appelée à 16h30. A 16h40, j’étais au commissariat de Versailles", souligne-t-elle. Alors qu’elle se trouve à l'accueil, elle apprend que l’un de ses clients, âgé de 15 ans, est entendu sans elle, contrairement à ce que prévoit la loi. Au téléphone, l'officier de police judiciaire promet de s'interrompre et de l'attendre. Le temps qu'elle s'entretienne avec son deuxième client, on lui annonce que l'audition est finalement terminée, d'après son récit. Deuxième surprise : le procès-verbal qui rend compte de cette audition affirme qu’elle s’est bien déroulée en présence d’un avocat. Furieuse, elle s’empresse de faire corriger le document.

Un nombre "important" de gardes à vue irrégulières

Le phénomène ne serait pas isolé. Plusieurs de ses confrères rapportent les mêmes faits : des mineurs entendus seuls, alors que leur avocat commis d'office se trouvait dans l'enceinte du commissariat. En outre, certains n’auraient pas été présentés à un médecin. Le barreau de Versailles est en train de réaliser un état des lieux pour prendre la mesure du phénomène, d'après nos informations. S’il est encore trop tôt pour avancer un chiffre, le nombre de ces gardes à vue irrégulières serait "important" et traduit au moins un affolement du ministère public face à la vague d’interpellations. De son côté, le parquet explique avoir donné des instructions pour faire appliquer les dispositions prévues par la loi. Ces dernières sont claires: une audition peut commencer deux heures après l'appel à un avocat, même si celui-ci n'est pas sur place. Ce n'est pas ce qui s'est passé d'après les témoignages recueillis.  Autre irrégularité signalée : plusieurs mineurs n'auraient pas pu être examinés par un médecin.  Autant d'éléments qui fragilisent les procédures, les avocats ayant ensuite beau jeu de déposer des requêtes en nullité.

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