Il est le troisième homme du procès Fillon. Marc Joulaud, suppléant de François Fillon comme député de la Sarthe entre 2002 et 2007, a employé Penelope Fillon comme assistante parlementaire. Le tribunal l’a longuement interrogé ce mercredi sur la réalité de cet emploi.

Marc Joulaud, l'ancien suppléant à la loyauté sans faille
Marc Joulaud, l'ancien suppléant à la loyauté sans faille © Maxppp / Newscom/ Epa / Christophe Petit Tesson

Marc Joulaud déplie son mètre 92 et s’approche de la barre. On a dit de lui qu’il était maladivement timide, à la limite de l’incapacité à parler en public. "Je suis un technicien des collectivités locales"  explique-t-il, pas préparé à "passer de l’autre côté", quand il devient, à 34 ans, le député suppléant de François Fillon. "J’ai 52 ans, j’ai progressé" dit-il. Le ton est posé, plutôt à l’aise. Sa partition est celle de la loyauté sans faille. 

Quand François Fillon est nommé ministre des Affaire sociales en 2002, il est appelé à siéger à l’assemblée. "Il me dit qu’il souhaite poursuivre la collaboration avec son épouse. Qu’il veut former une équipe resserrée, lui, moi, et son épouse" explique Marc Joulaud. De fait, difficile d’élargir l’équipe : le salaire de Penelope Fillon, 5200 euros nets, siphonne 80% de ses crédits collaborateurs. Elle est même plus payée que son député. Marc Joulaud explique qu’il a signé sans sourciller le contrat rempli par François Fillon, salaire compris : 

"C’est lui qui a la légitimité, c’est lui qui a été élu. C’est le patron".

On ne saurait être plus clair. 

Alors pendant cinq ans, Marc Joulaud a un objectif, "un fil rouge" : garder la circonscription pour François Fillon. La mission de Penelope Fillon ? "Me faire connaître, faire ma promotion. Et continuer à gérer le courrier que les électeurs envoyaient encore à François Fillon." Leurs modalités de rencontre ne sont pas très claires. Devant les enquêteurs, Penelope avait parlé de leurs conversations informelles, le week-end dans la Sarthe. Lui avait assuré qu’ils se voyaient au ministère, en semaine, lors des réunions de la "cellule locale". Pourquoi n’en a-t-elle pas parlé ? "Ça m’était sorti de l’esprit", dit-elle à la barre.

Marc Joulaud s’est toujours considéré comme un collaborateur

Pourquoi on ne les voit jamais en photo ensemble dans la presse locale ? insiste la présidente. "C’est un peu comme avec François, c’est mon souci de discrétion. Encore plus avec Marc Joulaud, je ne dois pas donner l’impression que je veux prendre sa place, l’écraser". L’un  des procureurs ironise : "un timide qui épaule un autre timide… je me demande, comment ça se passe sur le terrain ?" Marc Joulaud répond à côté. Oui, c’est vrai, il a un caractère réservé, pondéré, il s’est toujours considéré comme un collaborateur. La défense a fourni des pièces éparses témoignant du travail de ces années : un dîner organisé au ministère… auquel Marc Joulaud ne participe pas. Un courrier d’une admiratrice à François Fillon, qui lui envoie son thème astral, annoté des initiales "PF" pour "Penelope Fillon" avec l’indication : "ne plus répondre". Mais là non plus, il n’est pas question de Marc Joulaud. 

Penelope Fillon travaillait elle pour son mari, ou pour son employeur, le député Joulaud ? À les entendre, ça revient au même : tout cela, c’est pour la circonscription. De cette collaboration orale et immatérielle, ne subsistent pas d’archives écrites. Au fil de ces trois heures d’interrogatoire croisés, le tribunal se heurte toujours au même écueil : l’absence de traces tangibles d’un travail pourtant présenté par la défense comme  "essentiel".

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