Légionnaire lors d'une intervention au Tchad
Légionnaire lors d'une intervention au Tchad © MaxPPP / Arnaud Beinat

La formule pourrait résumer le procès qui commence ce jeudi aux assises de Paris. Les accusés sont quatre anciens légionnaires du 2ème régiment de parachutistes de Calvi, poursuivis pour avoir frappé et privé d'eau un de leurs camarades, lors d'un exercice à Djibouti. C'était en mai 2008, il faisait 38°. Le légionnaire, un slovaque, est mort d'un coup de chaleur.

Sur le banc des accusés, deux anciens légionnaires seront présents, un lieutenant, français, et un caporal roumain. Les deux autres, un chilien et un mexicain, sont en fuite. Le procès devrait lever le voile sur les pratiques dans la Légion étrangère : jusqu'où a-t-on le droit d'aller pour faire avancer un homme ?

Son nom de légionnaire, c'était Matus Talas. Il était slovaque, et ne parlait pas bien le français. Ce jour-là, avec sa section du deuxième régiment parachutiste, il crapahute par 38 degrés. Dès le matin, il se plaint. Des témoins racontent qu'il est laissé au soleil pendant les pauses, qu'on le roue de coups pour l'obliger à continuer.

Un récit contesté par l'un des accusés, l'ex-caporal Adrian Stéanu

Il y a pas eu de coup de poing, ni de Famas. Je l’ai poussé, c’est vrai, pour le faire avancer. Il disait qu’il avait mal au genou, l’auxiliaire sanitaire l’a examiné, il n’avait rien. On pensait que c’était pas vrai, qu’il fallait qu’il avance. Je m’attendais pas à ce qu’il fasse un malaise ; sur le moment, j’ai pas vu la gravité des choses.

"C'est le prix de la peau à sauver"

Le légionnaire Talas meurt d'hyperthermie : son corps est monté à 43 degrés.

Pourquoi ne pas avoir évacué le soldat épuisé ? Réponse de l'avocat d'Adrian Stéanu, Me Eric Morain

Dans la Légion étrangère, il n’y a pas de différence entre l’entraînement et la guerre . Sinon, le jour où vous êtes dans la vallée de la Kapisa à combattre, vous n’êtes pas entraîné correctement. C’est la raison pour laquelle les entraînements sont durs, difficiles. C’est le prix de la peau à sauver lorsqu’on sera sur des théâtres d’intervention.

Dur, jusqu'à quel point ? Le chef de section, le lieutenant Bertaud, avait décidé dans l'après-midi de priver d'eau le légionnaire, en violation des consignes.

Médéric Bertaud n'est pas pour autant responsable de sa mort affirme son avocat, Alexandre Varaut.

Le lieutenant Talas n’est pas mort des coups, ni de privation d’eau. Il est mort d’un exercice trop difficile pour lui. Et ce n’est pas mon client qui a défini l’exercice, et ce n’est pas de sa faute s’il n’en avait pas le niveau. Depuis sept ans, il porte le poids de la mort de cet homme, son légionnaire, mort sous ses ordres. Il est prêt à reconnaitre des fautes qu’il a commises, mais il veut que tout soit dit, des erreurs, des responsabilités des uns et des autres.

Pour les avocats de la défense, ce n'est pas un coupable qu'il faut chercher, mais un ensemble de fautes additionnées.

Le procès est prévu jusqu'au 25 septembre. Poursuivis pour "violences volontaires en réunion, ayant entraîné la mort sans intention de la donner", les accusés encourent 20 ans de prison.

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