Jean Germain, ancien maire de Tours
Jean Germain, ancien maire de Tours © MaxPPP

Jean Germain s'est tué ce mardi. Il a laissé une lettre d’adieu dans sa voiture. Le sénateur socialiste devait être jugé pour complicité de prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics dans le procès des «mariages chinois ».

Le choc après l’annonce. La ville de Tours est abasourdie par la nouvelle : Jean Germain, trois fois maire de la commune entre 1995 et 2014, s’est donné la mort. Cet ancien universitaire avait 67 ans. Les tourageaux ont du mal à réaliser.

Des hommages de tous bords

Les réactions du monde politique n’ont pas tardé à affluer. Serge Barbary, actuel maire UMP de Tours salue la mémoire d’un homme « qui laissera son emprunte dans la cité ».

Jean Germain était sénateur d'Indre-et-Loire depuis 2011. Gérard Larcher, le président UMP du Sénat lui a rendu hommage devant l'ensemble des sénateurs debout.

François Hollande, dont Jean Germain était proche, a fait part de sa tristesse sur Twitter.

L’ancien maire de Tours a aussi bien connu Manuel Valls. Le Premier Ministre s’est exprimé en arrivant à une réunion du groupe PS à l'Assemblée nationale mardi midi :

Je perds un ami. Il se trouve que nous étions très liés avec Jean Germain qui a été un élu extraordinaire et a changé en profondeur sa ville.

Lettres d’adieu

Tous les éléments semblent conduire à la piste du suicide : Jean Germain s'est a priori donné la mort avec une arme de chasse.Jean-Luc Beck, le procureur de la république de Tours.

Jean Germain a laissé plusieurs lettres avant de mettre fin à ses jours : l’une d’entre-elles a été retrouvée dans sa voiture :

Je sais le mal que je vais faire, la peine que je vais diffuser à ceux qui m'aiment mais on ne peut laisser la chasse systématique aux politiques se dérouler normalement, quotidiennement. Il est des êtres, j'en suis, pour lesquels l'injustice et le déshonneur sont insupportables.

Maître Dominique Tricaud, l’avocat de Jean Germain s’est exprimé après l’annonce de la découverte du corps.

Jean Germain était cité devant ce tribunal sur un tissu de ragots, sur un tissus de rumeurs, de méchancetés gratuites qui avaient pour objectif un plan concerté de parvenir à sa mise à mort politique. Jean Germain est mort, c'est un martyr de la République. Dans cette affaire, il a été jeté aux chiens et comme il l'a écrit dans la lettre qu'il a laissée, leur conscience les poursuivra.

Jean Germain était mis en examen pour "complicité de prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics" dans l’affaire dite des « mariages chinois ». Il devait comparaître aux côtés de cinq autres prévenus ce mardi. Il a toujours crié son innocence et affirmé n’avoir jamais « détourné un centime ». Précisions de Corinne Audouin.

Mariages exotiques pour touristes asiatiques

Balades en calèche, photos romantiques dans les châteaux de la Loire et pétales de rose comme s’il en pleuvait : sur le papier, le circuit avait que quoi séduire les jeunes chinois qui ont souscrit à l’offre.

Entre 2007 et 2011, des dizaines de couples asiatiques se sont ainsi vu proposer des « Noces romantiques en Touraine ». Le maire, écharpe tricolore sur l’épaule, posait alors pour la photo lors de simulacres de mariages. Sauf que Jean Germain leur remettait des diplômes, à défaut de véritable acte d’état civil. Et que les cérémonies étaient pilotées par une société gérée par une collaboratrice du maire.

Prise illégale d’intérêts

Lise Han est présentée comme l’actrice principale de cette affaire aux faux-airs de vaudeville.

Cette femme, originaire de Taïwan, est soupçonnée d'avoir été à la tête de la société d’organisation « Time Lotus bleu » et d'avoir, de fait, bénéficié de marchés publics passés par la Ville. La Sarl a perçu 750.000 € en deux ans.

En parallèle, Lise Han alors occupait un emploi au cabinet du maire, comme collaboratrice chargée des relations internationales avec l'Asie et percevait un salaire mensuel de 3500 € . Les « mariages » ont ensuite été confiés à la société d'économie mixte en charge du tourisme tourangeau, dont Lise Han continuait de tirer les ficelles en sous-main. Elle a été mise en examen en janvier 2013 pour «escroquerie», «prise illégale d'intérêt», et «recel de fonds publics».

La présidente du tribunal a annoncé le renvoi du procès pour les 13, 14 et 15 octobre prochain.

Cinq autres personnes doivent être jugées dans cette affaire. Le parquet a réclamé leur maintien sous contrôle judiciaire.

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