Condamné vendredi à 20 ans de prison pour le meurtre de sa maîtresse Agnès Le Roux en 1977, Maurice Agnelet a décidé de se pourvoir en cassation.

Maurice Agnelet
Maurice Agnelet © Joël Le Gall / Joël Le Gall

Une "décision claire et déterminée" annoncée samedi matin par son avocat, Maître François Saint-Pierre qui venait de s'entretenir avec son client détenu à la prison de Rennes.

Ce pourvoir va rendre impossible toute libération pour âge de Maurice Agnelet, 76 ans, qui va devoir rester encore au moins dix mois derrière les barreaux. "C'est dire sa détermination à continuer son combat. Il proteste de son innocence", a ajouté son défenseur.

Maurice Agnelet a toujours nié être l'auteur du meurtre d'Agnès Le Roux, disparue à la Toussaint 1977.

Me François Saint-Pierre, l'avocat de Maurice Agnelet était vendredi l'invité d'Angélique Bouin

Pour ses derniers mots, l'accusé a voulu demander pardon pour son "attitude" et ses "propos". Il n'a cependant pas rappelé qu'il était innocent.

Le pardon d'Agnelet à la famille Le Roux et à la sienne : compte-rendu d'audience de Jean-Philippe Deniau

► ► ► ALLER PLUS LOIN | 20 ans de réclusion requis contre Maurice Agnelet

Plaidoirie de la défense: un client impossible dans une affaire impossible

François Saint-Pierre le sait très bien en se levant vers la barre des témoins, en regardant fixement les jurés toujours et ses notes jamais : il a un client impossible dans une affaire impossible.

Alors il s’engage dans une dernière bataille avec ses dernières munitions : abattre les preuves, imposer le doute et remettre son client à sa place. "Mon cher Maurice" ironise-t-il. "Quel poème ! Quelle tragédie, hein ? Il y a trois mois, il était en train de mourir, il avait maigri, ne sortait plus, se faisait pipi dessus, et depuis le début de son procès, le diable est sorti de sa boîte avec ses blagues de mauvais goût. Cet homme est prisonnier de ses fantasmes, il est une énigme, il attire les soupçons comme un aimant le fer. Tout le monde a rempli son rôle devant cette cour d’assises sauf lui !" se fâche encore l’avocat avant d’ironiser : "Avec son talent pour le bagou, la manœuvre et le mensonge, il aurait pu faire de la politique."

Plus sérieusement, François Saint-Pierre va demander aux jurés de le suivre pour "faire la part des choses entre la raison et l’émotion". L’émotion, c’est par exemple l’audition lundi dernier de Guillaume Agnelet quand il a révélé que son père lui avait confié un jour le meurtre d’Agnès Le Roux. "J’ai énormément de mal à croire qu’il ait commis cet acte" réfléchit l’avocat, "Agnelet n’est pas courageux, il est fourbe, il n’a jamais manipulé une arme.

Me Francois Saint-Pierre
Me Francois Saint-Pierre © Jean-Philippe Deniau

Et il aurait tué ? Comme ça ? De sang froid ? Faut pas trembler quand on tire une balle en pleine tête ! Non, je n’y crois pas, je n’y crois pas" insiste François Saint-Pierre, et il invite les jurés à analyser : "Guillaume n’a pas été le témoin de cette scène, il se contente de rapporter ce qu’on lui aurait dit, il est dans une volonté de rompre avec les siens. Il en veut à son père, et on le comprend parce que celui-là lui a fait vivre le martyr. Le Docteur Freud dirait qu’il a tué le père. Ce qu’il dit est peut-être sincère mais cela constitue-t-il une preuve ?"

Et l’avocat globalise. "L’accusation repose finalement sur la narration de Guillaume Agnelet mais ce n’est pas une preuve de culpabilité ! Où est la preuve de crime ?" cherche Maître Saint-Pierre. "Où, quand et comment ? Vous n’en savez rien" constate-t-il, "il y a là trop d’hypothèses et trop de doutes. D’habitude, il y a toujours des témoins, des indices, des traces, des documents, mais ici, nous ne savons rien." Puis il évoque lui aussi d’autres hypothèses, celle d’un crime de rôdeur, ou celle d’un contrat de la pègre. Et d’en déduire que les hypothèses, "on les empile pour faire une preuve. Mais non. Une hypothèse + une hypothèse + une hypothèse + une hypothèse, ça fait une hypothèse, ça fait pas une preuve" calcule l’avocat. "Où sont les faits ? Il a menti aux policiers ? C’est parce qu’il a voulu dresser un rempart pour que les enquêteurs ne découvrent pas le pot aux roses de la vente frauduleuse du Palais de la Méditerranée" pour laquelle Agnelet a été condamné, radié du barreau et même "viré de la Maçonnerie. Je connais peu de personnes qui ont eu une vie aussi catastrophique que lui, il est tombé par terre à 40 ans et ne s’est jamais relevé, il a été prisonnier de cette affaire la moitié de sa vie. Aujourd’hui, à son âge, c’est impossible qu’il change d’attitude. Mais est-ce que c’est une preuve de crime, ça ? Ce procès marche à l’envers" s’agace l’avocat. Et il se tourne vers l’avocat général : "c’est vous qui avez la charge de la preuve, c’est à vous qu’il appartient de valider vos hypothèses en preuve ! Mais faute de scène de crime, on utilise la personnalité fantasque et déroutante d’Agnelet pour tout interpréter comme lui l’aurait fait. C’est impossible de faire ça ! C’est inadmissible de dire qu’un mobile peut constituer la preuve d’un crime. Il a vécu une sale histoire d’argent mais pas une histoire criminelle. Maurice Agnelet a un fonctionnement curieux, mais ça ne vous permet pas de dire qu’il a tué."L’avocat s’engage à conclure : "J’ai passé les preuves au tamis de la raison et nous en sommes au même point qu’avant. Alors, comment pouvons-nous le juger après toutes ces années ? Je suis allé au bout de ce qu’un avocat peut faire pour défendre un client, pas seulement pour sauver cet homme mais aussi pour changer la loi, changer la justice. Il faut interdire les verdicts divinatoires ! La justice doit dire en quoi un accusé est coupable ou innocent. Qu’en est-il pour Maurice Agnelet ? Qu’est-ce qui différencie un innocent d’un coupable ? Depuis 70 ans, il n’y a eu en France que neuf condamnations révisées et à chaque fois dans ces affaires, les jurés avaient condamné en toute conscience, en toute bonne foi, parce qu’il manquait un élément de preuve. "Moi, je suis nourri de Voltaire" termine l’avocat. "Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent. Vous devez prononcer l’acquittement" demande encore François Saint-Pierre. "L’affaire Agnelet reste une énigme car la preuve de la culpabilité de Maurice Agnelet n’a pas été apportée. Maurice Agnelet a des torts considérables, mais je n’ai pas du tout la conviction qu’il ait tué Agnès Le Roux." L’avocat lâche le regard des jurés, se rassoit et range ses notes qu’il n’a pas une seule fois consultées.

Comprendre l'affaire

► ► ► COMPRENDRE | Affaire Agnelet-Le Roux: l'incroyable saga

L'affaire Agnelet
L'affaire Agnelet © Radio France
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.