Me Patrice Reviron est le deuxième à prendre la parole pour la défense des intérêts de Jonathan, troisième des fils Delay.

J’ai parfaitement conscience de la solennité de cette audience et de mon propos. Je sais la lourdeur de ma tâche, comme jamais je n’ai senti cette lourdeur sur mes épaules. Et je vous le dis les bras croisés parce que je ne veux pas trembler devant vous : je me sens fragile. Je sais que ce que je vais dire aujourd’hui ne va pas plaire. On va me dire traître parce que je vais déranger un sommeil judiciaire depuis Paris. Je ne suis pas là pour plaire.

Et vous non plus, que vous soyez des jurés, que vous soyez des magistrats, vous n’êtes pas là pour plaire. Ni à l’opinion publique, ni à la rumeur, ni aux préjugés qui voudraient que Daniel Legrand ne soit pas coupable. Je l’ai dit avant ce procès, je l’ai dit pendant et je le dis maintenant. Si les preuves de la culpabilité de Daniel Legrand ne sont pas réunies, vous devez l’acquitter. Jonathan, il le sait et Jonathan il l’accepte. Je ne veux pas que vous pensiez que je cherche à faire pression sur vous en disant : si vous ne condamnez pas Daniel Legrand, ce jeune homme va s’effondrer. Ce n’est pas vrai.

Je suis comme vous, je n’étais pas à Saint-Omer, je n’étais pas à Paris. Mais je ne pense pas que ce procès soit comme les autres. Ce procès est unique. Parce que pour ;a première fois vous allez motiver la décision que vous allez prendre. On ne sait pas pourquoi à Saint-Omer, on a décidé de condamner Daniel Legrand. On ne sait pas pourquoi à Paris, on a décidé de l’acquitter. Mais je suis certain qu’un jour des historiens vont se pencher sur ce dossier. Tous les débats ont été enregistrés. Tout ce qui a été dit a été enregistré. Et vous n’avez pas le droit de trahir votre responsabilité. Il faut qu’on comprenne le sens de votre décision.

Moi c’est la première fois que je défens une partie civile et qu’on m’accuse en défense comme si je défendais le pire des salauds. Tout est inversé dans ce dossier. Moi je vous dis simplement, n’ayez pas peur de la vérité.

Je suis devant vous pour accompagner Jonathan et c’est lui qui me l’a demandé. Je lui avais dit : « Jonathan, moi je défends des violeurs, je défends des assassins ». J’ai du faire de la pédagogie judiciaire avec lui. Alors maintenant, il comprend. Et je peux vous dire que ce procès, il l’a bien vécu.

Quand vous avez Jonathan à 5 ans qui se met à dire des choses. Quand vous avez son frère Cherif et son autre frère Dimitri qui disent des choses concordantes, on doit l’entendre. Ils parlent de quoi : ils parlent de leurs parents et ils parlent DES messieurs et DES femmes. DES messieurs.

Quand on dit aujourd’hui que ce dossier d’Outreau est un drame familial avec un couple de voisins, c’est faux. Jonathan, il n’invente pas des gens qu’il n’a pas vu. Il est très prudent Jonathan, très prudent dans cette procédure. Et je vous le dis, il n’a pas changé.

On a un socle solide : on a « des messieurs », des messieurs en dehors du père. Et David Delplanque, qui a été condamné, il ne fait pas tout seul « des messieurs ».

Dans ce dossier, il y a un personnage central, c’est Thierry Delay. Thierry Delay, il s’est fait oublier. Moi je le dis amoral, sadique, qui ne pense qu’à sa jouissance. Moi je le dis sadique. Mais Thierry Delay, il ne se rappelle de rien. Il nous dit c’est juste ses enfants. Il a juste été condamné pour 12 enfants. Alors, je le dis : il nous a menti et quand il dit « on était quatre », c’est faux. Il y avait une certaine cohérence à le condamner pour ces 12 enfants. Il y avait des éléments contre lui. Myriam Badaoui, avec ses accents de sincérité qui dit qu’elle ne veut pas mentir devant vous, elle vous a menti.

J’ai entendu à cette audience monsieur l’avocat général vous enjoindre de bien écouter ce qu’il allait dire en disant « il faut arrêter les sous-entendus ».

Il y en a un de sous-entendu : ça envahit le discours de tout le monde, les journalistes, les accusés, les acquittés. C’est quoi ? C’est que c’est le juge Burgaud qui a tout fait. Et qu’il y a un couple diabolique avec Burgaud et Badaoui. Tout est là.

Oui, Burgaud il a été maladroit. Il n’a pas été bon, parfois très mauvais. Mais parfois il a ét très bon aussi. Mais moi je le crois sincère. Est-ce que le juge Burgaud a volontairement troublé le cours de cette instruction ? Est-ce qu’il a volontairement donné le nom et le prénom de Daniel Legrand père et Daniel Legrand fils ? Parce qu’il n’y a pas d’autre explication.

Moi je l’ai trouvé beaucoup plus intéressant devant vous que devant la commission parlementaire. Et la présomption d’innocence ? Burgaud, la présomption d’innocence, il n’y a pas droit. Parce que pour un juge d’instruction, falsifier un PV et faire accuser des gens, c’est un crime. C’est les assises. Bon, c’est prescrit aujourd’hui …

Je pense que Daniel Legrand n’est pas totalement dépourvu de rationalité.

Peut-être qu’il a simplement avoué parce que ça le libère. L’état d’esprit qu’il a quand il fait ses aveux, ce n’est pas l’état d’esprit de quelqu’un qui veut êtres libéré. C’est l’état d’esprit de quelqu’un qui se soulage, en tout cas moi c’est comme ça que je le vois. Si Myriam Badaoui avait simplement dit « ce meurtre de petite fille n’a pas existé », c’était fini pour lui. Donc cette histoire de meurtre inventé pour piéger Myriam Badaoui, ça ne tient pas. C’est une insulte au bon sens et c’est une insulte à son bon sens à lui. Aujourd’hui, les aveux, la façon dont ils ont été faits. Il y a des choses qu’il n’a pas pu inventer. C’est lui-même qui fait ses aveux, spontanément, devant le juge.

Et puis, on parle de Jean-Marc Couvelard. Je vous confesse une chose : avant d’être avocat, j’étais infirmier pendant 13 ans. Je sais ce que c’est. J’ai soigné des hydrocéphales. La sexualité des handicapés, on n’en parle pas. Mais il est question de pollutions nocturnes, donc c’est une forme de masturbation. Chez lui, il dort dans une chambre au premier étage. Ca veut dire que tous les jours, il descend les escaliers et puis il les remonte. Donc la possibilité pour Jean-Marc Couvelard de monter des escaliers, elle existe.

Thierry Delay, il est adepte de zoophilie, il a des fantasmes. Qu’il ait sous sa main, une personne handicapé … peut-être qu’il les a violé, j’en sais rien. En tout cas, les enfants disent qu’il était là.

Moi je pense que c’était sincère, ses aveux.

Je vais terminer en disant deux trois mots de manière globale. Quand on nous parle de réseau, on parle de quoi comme réseau ? On parle du réseau Badaoui-Delay, c’est des gens pauvres. International, ça ne veut pas dire qu’on est riche. Lorsque le policier s’interroge, il dit « ces gens là, ils n’ont pas le profil ». Mais le profil de quoi ? Ils ont peut-être le profil d’un petit réseau … Et puis, il n’y a que Badaoui qui parle de réseau.

Nous ne sommes pas dans une affaire de pédophilie. Dans ce dossier, il n’y a pas de vrais pédophiles. Il n’y a personne qui est intrinsèquement attiré par les enfants.

Albert Camus aimait sa mère au-delà de tout. Comme un fils aimait sa mère.

Comme Jonathan aimait sa mère. Il a dit « entre la justice et ma mère, je choisis ma mère ». Jonathan entre la justice et sa mère, il a choisi la justice. Et c’est ce qu’il vous demande de faire.

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