L'ex-patron du renseignement à Toulouse, Christian Balle-Andui a témoigné devant la cour, mettant en lumière des failles dans l'enquête sur les attentats commis par Mohamed Merah.

A la barre, Christian Balle-Andui raconte d'abord les racines du salafisme toulousain, autour du charismatique émir blanc Olivier Corel, reclus dans une petite vallée de l’Ariège, à Artigat, entouré des Frères Clain ou de Sabri Essid (futur demi-frère par alliance des Merah), qui commencent à faire de la propagande dans les cités de Toulouse, vers la fin des années 2000. C’est le début d’une nouvelle génération de « convertis » et « d’islamo-délinquants », note l’ancien directeur du renseignement toulousain, dont les services se mettent à suivre de près en 2006, Abdelkader Merah, devenu, "homme de confiance" de Jean-Michel Clain, l’une des voix de revendication des attentats du 13 novembre.  

Abdelkader Merah prônait "le djihad de l'épée", pas celui "du coeur", affirme Christian Balle-Andui. Ses hommes établissent aussi une fiche S pour Mohamed Merah. Mais en 2010, branle-bas de combat, Mohamed Merah est repéré à Kandahar, en Afghanistan, "sa fiche S n'a pas sonné", les hommes du renseignement régional toulousain entament des filatures plus poussées, pour ne plus perdre celui qui était surnommé aux Izards le "petit Ben-Ben", en référence à Oussama Ben Laden. Mais en 2011, Mohamed Merah « casse les filatures », explique l'ex-directeur du renseignement toulousain. Il vit « cloîtré », « volets fermés », n’utilise presque que des cabines téléphoniques, et repart sur une terre de djihad, cette fois au Pakistan. 

A son retour, alors qu'il souffre d'une hépatite, plusieurs enquêteurs parisiens de la DCRI l’entendent, à Toulouse. Nous sommes alors le 14 novembre 2011, quatre mois avant les attentats qu'il va commettre, et ceux qui le "débriefent" estiment que "sa dangerosité n’est pas du tout évidente", et songent même à le "recruter". Trop risqué, estime Christian Balle-Andui. Pour lui, qui a vu évoluer Mohamed Merah depuis 2008, le jeune homme est trop "trouble" pour être recruté. Pas question de le faire sans "judiciarisation". 

Puis Christian Balle-Andui raconte la période des attentats de Mohamed Merah. Il explique, posément, et sans fanfaronner, comment il a été le premier à avoir l’intuition de la piste djihadiste, le 15 mars 2012, après l’assassinat des militaires à Montauban, quatre jours après le premier soldat abattu à Toulouse. Ce qui le met sur cette piste, c’est surtout la façon dont le tueur au scooter a pris la fuite, comme un "virtuose" du deux-roues, comme tous ces jeunes de cité "habitués aux rodéos". Ce jour-là, Christian Balle-Andui rédige des notes dans lesquelles il met des noms de suspects potentiels. Le nom de Mohamed y figure. Pour celui d'Abdelkader, il ne veut pas répondre, la note n'ayant pas été déclassifiée. Ce qui est "un scandale d'état pour des avocats de parties civiles", dont Me Morice, qui en appellent au président de la République, Emmanuel Macron. 

Il y a cinq ans et demi, après le deuxième attentat de Mohamed Merah, en tout cas, les enquêteurs de la PJ refusent l'aide que propose Christian Balle-Andui. Pourtant, si ses hommes avaient vu les vidéos de Montauban, ils auraient peut-être pu reconnaître la silhouette de Mohamed Merah à 60%. Mais, la PJ va continuer à privilégier pendant quatre jours la piste de l’extrême-droite, jusqu’au matin de la tuerie de l’école Ozar Hatorah. La voix pleine d’émotion, Christian Balle-Andui confie qu’il s’est rendu sur les constatations, ce matin-là. Juste après, on lui annonce que son pressentiment était bien justifié : le nom de Mohamed Merah devient celui du suspect numéro 1, rapidement cerné, dans son appartement de la rue du Sergent-Vigné, jusqu’à sa mort. Si Christian Balle-Andui avait été écouté plus tôt, la tuerie de l'école juive aurait-elle pu être évitée ? La question sera fatalement posée jeudi, à l'ex-patron du renseignement intérieur, Bernard Squarcini, attendu devant la cour d'assises spéciale de Paris.

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