Plusieurs personnes auraient participé à l'assassinat de Grégory, 4 ans, en 1984. Le procureur général a désigné la grand-mère et la grand-tante comme étant les corbeaux.

Rebondissements dans l'enquête sur l'assassinat de Grégory en 1984 à Lépanges sur-Vologne (Vosges)
Rebondissements dans l'enquête sur l'assassinat de Grégory en 1984 à Lépanges sur-Vologne (Vosges) © AFP / DAMIEN MEYER

Le procureur général de Dijon, Jean-Jacques Bosc, a tenu une conférence de presse ce jeudi dans le cadre de la relance de l'enquête sur le meurtre de Grégory, quatre ans, retrouvé noyé en 1984 dans une rivière des Vosges, pieds et poings liés. Les trois personnes placées en garde à vue ce mercredi ont été entendues sur la base d’expertises graphologiques sur les lettres de menaces ou de revendication du crime reçues par la famille de l'enfant pendant trois ans. Deux personnes ont été entendues chez elles, trois autres ont été placées en garde à vue, et leur garde à vue a été prolongée de 24 heures.  

- Monique Villemin, la grand-mère de Grégory, mère de Jean-Marie Villemin. Selon le procureur de la république, elle serait le corbeau ayant rédigé des courriers anonymes en 1983, avant la mort de Grégory. Les époux Villemin étaient en effet harcelés depuis trois ans par une ou plusieurs personnes. Ils auraient reçu quelque 800 appels anonymes. Une autres lettre de menaces de mort adressée en 1989 au juge Simon alors en charge de l’enquête, implique Monique. Monique Villemin a été entendue mercredi libre et non sous le régime de la garde à vue en raison de son âge (86 ans) et de son état de santé défaillant.

Cette octogénaire apparaît comme la maîtresse-femme de la famille Villemin, à la tête d'une fratrie de cinq enfants, dont le premier, illégitime, a été reconnu par son mari Albert.

C'est elle qui a également élevé son neveu, Bernard Laroche, dont la mère avait succombé en couche. Si la réussite de son fils Jean-Marie lui inspire une admiration sans borne, ses sentiments à l'endroit de sa belle-fille Christine sont contrastés : lorsque la mère de Grégory est soupçonnée d'être l'assassin de son propre fils, Monique Villemin se constitue partie civile et soutient l'accusation.

REGARDER : En 1987, Monique Villemin s'exprime sur l'arrestation de Christine Villemin, la mère de Grégory (qui sera par la suite blanchie).

C'est pas une vie de vivre comme ça. Je souhaiterais que ces gens-là se dénoncent

- Albert Villemin, époux de Monique, et grand-père de Grégory. Il a épousé Monique Jacob en 1953, qui est enceinte de Jacky, le fils d'un homme qui l'a abandonnée. Jacky sera régulièrement cité dans les lettres du corbeau comme étant "le bâtard".

- Jacqueline Jacob, la grand-tante de Grégory, tante de Jean-Marie Villemin. Placée en garde à vue. Selon le procureur, elle serait l'auteur d'un courrier anonyme envoyé après l'enlèvement et la mort de Grégory en 1984. L'expertise serait "confondante" selon le procureur. Le procureur a également évoqué une "similitude" entre l’écriture de ce courrier et celle du message de revendication du crime envoyé le jour des faits aux parents. Elle a gardé jusqu'alors une remarquable discrétion depuis le début de l'affaire.

Jamais interrogée durant les cinq premières années d'enquête sur l'assassinat de Grégory, elle avait été convoquée une première fois en décembre 1989 par le juge d'instruction, mais s'était dérobée. Finalement entendue deux ans plus tard, elle s'était montrée particulièrement réticente à répondre aux questions. Son emploi du temps du mardi 16 octobre 1984, jour de la découverte du corps de l'enfant dans les eaux de la Vologne, ainsi que celui de son mari, n'a jamais pu être reconstitué avec certitude. "L'éventualité d'une absence momentanée de leur lieu de travail ne saurait être exclue", avaient considéré les enquêteurs de l'époque.

Selon les nouveaux éléments de l'enquête, le couple Jacob s'adonnait à l'échangisme, une pratique qui, une fois ébruitée, a d'autant accentué le climat délétère au sein de la famille Villemin.

Mais le procureur affirme ne pas savoir pour l'instant qui a rédigé le courrier anonyme de revendications le soir de la découverte du corps.

- Marcel Jacob, mari de Jacqueline Jacob, oncle de Jean-Marie Villemin, grand-oncle de Grégory, frère de Monique, placé en garde à vue.

D'un caractère affirmé, cet ouvrier était en mauvais termes avec Albert Villemin, le mari de sa grande soeur Monique, et surtout avec leur fils Jean-Marie, père de Grégory, dont il considérait l'ascension sociale illégitime. En 1982, il apostrophe son neveu qui vient d'être promu contremaître: "Je ne serre pas la main à un chef". Marcel Jacob est en revanche particulièrement lié à Bernard Laroche, avec lequel il a été élevé.

Marcel Jacob avait été soupçonné une première fois d'être le corbeau lorsqu'une lettre anonyme avait fait état d'une altercation entre deux frères de Jean-Marie dont il avait été le seul témoin. Mais il n'avait encore jamais été inquiété par la justice

- Ginette Villemin, tante de Grégory, belle-soeur de Jean-Marie Villemin. Elle est la veuve de Michel Villemin, frère de Jean-Marie Villemin. Placée en garde à vue, puis relachée ce jeudi soir.

Ginette et Michel Villemin  en 2010
Ginette et Michel Villemin en 2010 © Maxppp / Alexandre MARCHI

Michel Villemin, longtemps soupçonné d'être le corbeau, ou d'avoir renseigné le corbeau, avec sa femme Ginette, s'est constitué partie civile en 2010, lors de la relance de l'enquête à la demande des époux Villemin. Michel Villemin a toujours été l'un des acteurs de "l'affaire Grégory", puisqu'il a toujours affirmé avoir reçu le dernier appel du "corbeau" qui revendiquait le crime. Les parents du petit Grégory l'ont soupçonné d'être l'auteur des appels téléphoniques anonymes entre septembre 1981 et octobre 1984.

Michel Villemin était par ailleurs très lié à son cousin Bernard Laroche, un temps suspecté de l'assassinat de Grégory avant d'être abattu par Jean-Marie Villemin. Michel Villemin est décédé en mars 2010.

L'enquête sur le meurtre de Grégory en 1984 s'oriente vers un pacte familial
L'enquête sur le meurtre de Grégory en 1984 s'oriente vers un pacte familial © Visactu / Visactu

Le procureur est également revenu sur des témoignages de l'époque affirmant qu'un homme moustachu avait été vu à plusieurs reprises roder autour du domicile des Villemin et les épier.

Bernard Laroche était retourné travailler à son usine après sa libération et avant sa mort en 1985
Bernard Laroche était retourné travailler à son usine après sa libération et avant sa mort en 1985 © AFP / Eric Feferberg

Il a refusé de faire le lien avec Bernard Laroche, qui avait été inculpé d'assassinat en 1984 avant d'être relâché (tout en restant sous le coup d'une inculpation) et tué par le père de Grégory, Jean-Marie Villemin, quelques mois après sa sortie de prison. Les deux cousins se détestaient. Laroche ne supportait pas les succès professionnels et privés de Jean-Marie Villemin.

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