Et si le meurtrier présumé de Sarah Halimi n'était jamais jugé ? Au terme de la toute dernière expertise révélée par Le Parisien, l'auteur des faits Kobili Traoré, mis en examen avec la circonstance aggravante de l'antisémitisme, pourrait n'avoir pas eu toute sa tête.

En 2017, des manifestants à Paris s'interrogeaient sur les mobiles du meurtre de Sarah Halimi
En 2017, des manifestants à Paris s'interrogeaient sur les mobiles du meurtre de Sarah Halimi © AFP / Alphacit NEWCIT / CrowdSpark

La nuit du 3 au 4 avril 2017, dans un HLM de Belleville, un jeune homme s'était introduit dans l'appartement de sa voisine, Lucie Attal, aussi appelée Sarah Halimi. Aux cris d'"Allah Akbar", entrecoupés d'insultes et de versets du Coran, il l'avait rouée de coups sur le balcon, avant de la défenestrer. "J'ai tué le sheitan" (le démon, en arabe), avait-il hurlé.  

Interné aux lendemains du drame, Kobili Traoré, 28 ans, avait été mis en examen le 10 juillet pour meurtre, sans que soient retenus la préméditation ni la motivation antisémite, au grand dam des parties civiles. Cela avait entraîné des manifestations pour s'insurger de cette non-dénonciation d'un crime antisémite. 

Dans un second temps, le caractère antisémite avait été retenu par la juge d'instruction en février dernier. 

Mais la question de la santé mentale du suspect est au cœur de ce dossier particulièrement délicat depuis ses tous débuts. 

Pas de discernement, pas de procès

Dans son premier interrogatoire devant la juge, Kobili Traoré explique : "je me sentais comme possédé", "comme si j'étais oppressé par une force démoniaque". 

Des propos qu'il tient d'ailleurs depuis l'unité psychiatrique dans laquelle il a été interné dès son interpellation, son état ayant été jugé incompatible avec une garde à vue. 

Vient ensuite le temps de l'expertise psychiatrique, effectuée par le docteur Daniel Zagury, rompu à l'exercice. Et qui conclut à une "bouffée délirante aigüe" au moment du meurtre liée à un "délire persécutif"

Bref, une alteration du discernement  mais pas d'abolition totale. Et donc pas d'irresponsabilité pénale

Une deuxième expertise va plus loin. 

La nouveauté de cette deuxième expertise, signée par un collège de trois psychiatres conclurait, elle, à l'abolition du discernement et du contrôle de ses actes par le jeune homme de 28 ans. 

Ces résultats sont sur le point d'être notifiés aux 11 parties civiles du dossier, toutes convoquées mercredi matin chez la juge et qui disent leur surprise et leur crainte de ne jamais voir de procès dans cette affaire. 

Une analyse qui ne serait cependant pas surprenante pour l'avocat du jeune homme qui en voyait déjà les prémisses dans la première expertise effectuée. 

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