La chambre de l'instruction examinait ce mercredi le cas du meurtrier présumé de Sarah Halimi, femme juive tuée le 4 avril 2017 à Paris après avoir été rouée de coups. Son agresseur est-il irresponsable pénalement ? Si les magistrats se prononçaient dans ce sens, le jeune homme de 29 ans ne pourrait pas être jugé.

La question de l'irresponsabilité pénale du meurtrier présumé de Sarah Halimi divise les experts.
La question de l'irresponsabilité pénale du meurtrier présumé de Sarah Halimi divise les experts. © AFP / Jacques Demarthon

La culpabilité de Kobili Traoré dans le meurtre de Sarah Halimi ne fait pas de doute. Le jeune homme de 29 ans a reconnu immédiatement avoir violemment agressé, puis projeté dans le vide, sa voisine juive de 65 ans. De nombreux témoignages en attestent. Mais tout horrible, révoltant, choquant soit cet acte, Kobili Traoré est-il en mesure d'en répondre pénalement ? Difficile question posée à la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris, ce mercredi.

Sept experts psychiatre saisis

Pas moins de sept experts psychiatres se sont penchés sur cette question. Certains, comme le docteur Daniel Zagury, rodés aux expertises judiciaires, ont rencontré le suspect à 5 cinq reprises. Et pourtant, les centaines de pages de conclusions, les 6 heures de débat devant la chambre de l’instruction n’ont pas permis de dégager un consensus. 

Ou si, mais sur un point seulement : au moment où il commet son crime, Kobili Traoré est atteint d’une “bouffée délirante aigüe". Cela fait plusieurs jours qu’il est agité, ont expliqué ses proches aux enquêteurs. Il a peur de l’aide-soignante qui vient s’occuper de sa sœur handicapée. Il se sent marabouté, entend des voix dans l’ascenseur, ne dort pas. Il se précipite chez les voisins en pleine nuit et hurle en arabe : “Que Satan soit banni !”. 

Mais cela signifie-t-il que son discernement est alors aboli ? Oui, répondent deux collèges d’experts pour qui l’hospitalisation est la seule option. Non, affirme le docteur Zagury. “J’aurais pu conclure à une abolition, sans aucun état d’âme", affirme le psychiatre à la barre. Mais le problème, c’est la drogue. 

Une consommation massive de cannabis

À savoir le cannabis, que Kobili Traoré consomme massivement : 15 joints par jour environ, depuis l’âge de 14 ans. Il en a 27 au moment des faits. Le cannabis, qui vient accentuer cette bouffée délirante. Le cannabis qu’il consommait délibérément. Et c’est ce libre-arbitre là qui, selon le psychiatre, rend le jeune homme responsable de ses actes, avec toutefois la circonstance atténuante d’une altération du discernement. Voilà pour le débat intellectuel. Reste son application pratique. 

“Soit il va à l’hôpital psychiatrique", plaide Me Bidnic, avocat de la défense. "Et je suis d’accord, on ne sait pas très bien ce qu’il va se passer. Il peut être libéré. Soit on l’envoie en détention, et là on sait parfaitement ce qu’il va se passer : ça va être un drame. Car un jour ou l’autre, il aura du cannabis, on n’est pas en mesure de garantir le contraire".

Et le docteur Zagury de résumer : "c’est un vrai casse-tête pour la société". Et sur ce point là, tout le monde semble s'accorder. La cour d'appel rendra sa décision le 19 décembre prochain

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