C’est le dernier grand mystère criminel du XXème siècle.

Jean-Louis Muller a-t-il réalisé le meurtre « parfait » ou est-il victime d’un acharnement judiciaire injustifié ? Brigitte s’est elle donné la mort sans que personne n’ait vu de signes avant coureur, ou Jean-Louis a-t-il usé de ses compétences médico-légales pour déguiser un crime en suicide ? En l’absence de témoins directs et de preuves indéniables, l’accusé parviendra-t-il enfin à faire naître un doute et reconnaître son innocence ?

Jean-Louis Muller aux Assises de Meurthe et Moselle
Jean-Louis Muller aux Assises de Meurthe et Moselle © MaxPPP/L'Est Républicain/Alexandre Marchi

Il est de plus en plus rare de partir sur la chronique judiciaire avec une grande page vide. Souvent, aujourd’hui, les dossiers d’assises sont ficelés comme des saucissons par des expertises toujours plus précises et incontestables : relevés téléphoniques, analyses ADN, cameras de surveillance écrasent les dernières tentatives d’un accusé de faire passer son dossier pour une gigantesque erreur judiciaire. Souvent, les avocats gagnent des acquittements non pas parce qu’ils démontrent l’innocence de leur client mais parce qu’ils soulèvent une petite erreur de procédure qui fera naître un doute dans l’esprit des jurés de la cour d’assises.

Mais ici, non. L’ordonnance du juge qui renvoie Jean-Louis Muller devant la justice criminelle est écrite au bazooka, elle ne laisse place à aucune hésitation sur la culpabilité du Docteur Muller mais à bien y regarder, au bout des 27 pages de démonstration, on ne sait pas vraiment pourquoi ni exactement comment Jean-Louis Muller aurait supprimé celle qu’il n’aimait plus tout à fait.

Le Docteur Muller a déjà été condamné à deux reprises, en 2008 à Strasbourg, en grande partie à cause de son arrogance au cours des débats, soulignent ceux qui ont assisté au procès. Puis en 2010 à Colmar à la suite d’une initiative malheureuse de ses défenseurs de l’époque de garder le silence tout au long des audiences parce que le Président leur refusait une reconstitution.

Cette fois, c’est l’avocat Eric Dupond-Moretti qui reprend l’affaire pour tenter de faire admettre l’innocence du médecin. La « plus belle affaire de sa carrière » ne cesse t-il de répéter aux journalistes qu’il croise. Une formule dont le champion de l’acquittement n’abuse pas habituellement. Et je l’imagine déjà essorer un à un les témoins qui viendront dire qu’ils ne pensent pas une seconde que Brigitte ait pu se suicider. Un à un les 18 experts du dossier dont les conclusions se contredisent parfois les unes aux autres. Un à un les neuf jurés de cette cour d’assises d’appel, droit dans les yeux pour leur faire prendre conscience que le doute à un prix que son client n’a pas à payer. Maître Dupond-Moretti va tout remettre à plat. Tout. Depuis le début. Depuis le 8 novembre 1999 quand des médecins légistes ont constaté le décès par autolyse de Brigitte Muller.

Voici la page blanche de cette énigme judiciaire, une énigme à l’ancienne, puisque 14 ans après le drame, il y a davantage de questions que de réponses quant à la mort d’une femme et à l’avenir d’un accusé peut-être innocent.

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