Henri Leclaire à la barre
Henri Leclaire à la barre © Lauriane Morize

Le parquet avait requis un non-lieu, mais les juges d'instruction en ont décidé autrement : ils renvoient Henri Leclaire, complice présumé de Francis Heaulme dans les meurtres de Montigny-les-Metz, devant les assises. Un énième rebondissement dans cette affaire vieille de 30 ans.

En mars 2014, Francis Heaulme avait comparu pour les meurtres de Cyril et Alexandre, dont le crâne a été fracassé à coups de pierres en septembre 1986 à quelques centaines de mètres de leurs domiciles de Montingy-les-Metz. Mais un rebondissement avait bouleversé le procès avec le témoignage de l'épouse d'un avocat en droit social, Marie-Christine Blindaeur.

Lors de son audition, elle révélait ainsi :

Un jour, Henri Leclaire est venu chez moi en fin de soirée 18 heures ou 19 heures me livrer mes courses. Elles étaient plus importantes que d’habitude. Il est donc rentré chez moi dans la cuisine de notre appartement. J’étais seule à la maison. Je l’ai trouvé sympathique, souriant, affable. Je lui ai demandé comment ça allait et il m’a répondu qu’il n’était pas très bien, à cause de l’affaire à Montigny, il m’a dit qu’il était mis en cause depuis plusieurs années dans cette affaire et qu’il était accusé injustement (...) J’ai alors pensé qu’il était victime d’un erreur judiciaire d’après ses propos. Une fois qu’il m’a dit tout ça, je lui ai expliqué que je travaillais au cabinet de mon mari en tant que clerc d’avocat. (...) Il a commencé par me dire: “ce n’est pas moi qui ai tué les enfants”. (...) J’étais de moins en moins à l’aise dans la conversation car son ton montait, il devenait rouge, il transpirait à grosses gouttes. J’avais du mal à comprendre pourquoi il avait été impliqué. Il m’a dit qu’en fait il était sur les lieux ce jour-là. Il m’a expliqué que dans l’entreprise « on » en avait marre, il m’a parlé d’une deuxième personne je ne sais pas si c’était un collègue de travail. Il m’a fait comprendre que ces gamins gênaient leur travail. Il m’a parlé d’une histoire de bennes, j’ai cru comprendre que c’était des poubelles avec du papier. Il m’a raconté ce que faisait les gosses mais je ne m’en souviens pas. Il criait et gesticulait comme s’il se trouvait devant les gosses. Il levait les mains, comme s’il s’adressait aux gosses, il m’a dit qu’il leur avait couru après, il m’a dit qu’il revivait la scène, il était furieux en parlant et il le disait, il a bien insisté sur le fait qu’il était excédé par ces gosses. Il a fait le geste en levant les deux mains. Il a dit qu’il les avait attrapés, il mimait la scène, il était en transe, il était rouge, il faisait peur. On avait en permanence l’impression qu’il revivait la scène.

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Son témoignage, ainsi que l'audition d'Henri Leclaire lui-même, cité comme témoin à l'audience, avait conduit au renvoi du procès afin de réexaminer l'éventualité d'une complicité d'Henri Leclaire dans ces deux meurtres.

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Henri Leclaire avait déjà été soupçonné dans l'enquête. Le manutentionnaire de 38 ans au moment des faits avait été placé en garde à vue et avait même avoué les meurtres ... comme d'autres à l'époque.

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Le 10 décembre 1986, Henri Leclaire déclarait ainsi aux enquêteurs :

Je suis monté sur le talus où se trouvaient les enfants entre 16 heures et 17 heures, ou même plus tard. Je leur ai posé la question: “Qu’est-ce que vous faites là?” Ils m’ont répondu: “On s’amuse à jeter des cailloux”. Les enfants se sont sauvés par les wagons et n’ont pas chercher à se sauver par la butte (...). J’ai poursuivi celui que je connaissais, et qui était parti entre la première et la deuxième rangée de wagons. Je l’ai rattrapé au niveau des premiers wagons de la rame (...). Je suis parti à la poursuite de l’autre, entre la deuxième et la troisième rangée de wagons et je l’ai rattrapé à peu près à hauteur du sixième wagon de la troisième voie (...). Je leur ai dit qu’ils n’avaient rien à faire sur les voies. Ils m’ont répondu: “On est souvent ici.” J’ai commencé à les engueuler. Je leur ai donné une gifle à chacun. Je me suis énervé. Je les ai un peu bousculés. J’en tenais un par chaque main. Ils ne se sont pas débattus et ils n’ont pas crié (...). Ensuite, à un moment donné, Alexandre a trébuché et il est tombé à terre où il a heurté un rail. Il était alors sur le dos. L’autre voulait s’enfuir et en reculant; il a heurté un tampon avec la tête. Il est également tombé sur le dos. A ce moment-là, les enfants étaient à terre l’un à côté de l’autre. J’ai pris une pierre de la grosseur d’une main et j’ai tapé à tour de rôle sur les fronts des enfants. J’ai porté à chaque enfant un seul coup.

L'avocat d'Henri Leclaire, Me Thomas Hellenbrand a annoncé son intention de faire appel de cette ordonnance de renvoi. Le procès de Francis Heaulme, envisagé pour le mois d'octobre, devrait donc être repoussé de plusieurs mois.

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