La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Metz a décidé de ne pas renvoyer Henri Leclaire devant les assises pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz.

Henri Leclaire devant la cour d'assises de Metz
Henri Leclaire devant la cour d'assises de Metz © Radio France / Lauriane Morize

C'est une ombre qui pesait sur l'affaire depuis ses touts débuts, il y a 30 ans  :  à l'époque, Henri Leclaire, manutentionnaire dans une entreprise voisine est le premier à avouer les meurtres de Cyril et Alexandre :

"Je suis monté sur le talus où se trouvaient les enfants entre 16 heures et 17 heures, ou même plus tard. Je leur ai posé la question: “Qu’est-ce que vous faites là?” Ils m’ont répondu: “On s’amuse à jeter des cailloux”. Les enfants se sont sauvés par les wagons et n’ont pas chercher à se sauver par la butte (...). J’ai poursuivi celui que je connaissais, et qui était parti entre la première et la deuxième rangée de wagons. Je l’ai rattrapé au niveau des premiers wagons de la rame (...). Je suis parti à la poursuite de l’autre, entre la deuxième et la troisième rangée de wagons et je l’ai rattrapé à peu près à hauteur du sixième wagon de la troisième voie (...). Je leur ai dit qu’ils n’avaient rien à faire sur les voies. Ils m’ont répondu: “On est souvent ici.” J’ai commencé à les engueuler. Je leur ai donné une gifle à chacun. Je me suis énervé. Je les ai un peu bousculés. J’en tenais un par chaque main. Ils ne se sont pas débattus et ils n’ont pas crié (...). Ensuite, à un moment donné, Alexandre a trébuché et il est tombé à terre où il a heurté un rail. Il était alors sur le dos. L’autre voulait s’enfuir et en reculant; il a heurté un tampon avec la tête. Il est également tombé sur le dos. A ce moment-là, les enfants étaient à terre l’un à côté de l’autre. J’ai pris une pierre de la grosseur d’une main et j’ai tapé à tour de rôle sur les fronts des enfants. J’ai porté à chaque enfant un seul coup "

Le premier mais pas le seul. D'autant qu'il se rétracte rapidement et que les aveux de Patrick Dils seront alors jugés suffisamment crédibles pour lui valoir 15 ans de prison avant d'être innocenté.

Le nom d'Henri Leclaire, lui, ressurgit alors dans la bouche de Francis Heaulme : le tueur en série a avoué sa présence sur les lieux des meurtres mais il accuse le petit homme bedonnant d'en être responsable. En mars 2014, le "routard du crime" avait ainsi vu son procès reporté par des témoignages de dernière minute.  A la barre, un ancien cheminot se souvient d'Henri Leclaire non loin de la voie ferrée où les deux corps ont été retrouvés. Puis, l'épouse d'un avocat en droit social le décrit "revivant, mimant la scène" devant elle. Lors de son audition, Marie-Christine Blindaeur révélait ainsi :

"Un jour, Henri Leclaire est venu chez moi en fin de soirée 18 heures ou 19 heures me livrer mes courses. Elles étaient plus importantes que d’habitude. Il est donc rentré chez moi dans la cuisine de notre appartement. J’étais seule à la maison. Je l’ai trouvé sympathique, souriant, affable. Je lui ai demandé comment ça allait et il m’a répondu qu’il n’était pas très bien, à cause de l’affaire à Montigny, il m’a dit qu’il était mis en cause depuis plusieurs années dans cette affaire et qu’il était accusé injustement (...) J’ai alors pensé qu’il était victime d’un erreur judiciaire d’après ses propos. Une fois qu’il m’a dit tout ça, je lui ai expliqué que je travaillais au cabinet de mon mari en tant que clerc d’avocat. (...) Il a commencé par me dire: “ce n’est pas moi qui ai tué les enfants”. (...) J’étais de moins en moins à l’aise dans la conversation car son ton montait, il devenait rouge, il transpirait à grosses gouttes. J’avais du mal à comprendre pourquoi il avait été impliqué. Il m’a dit qu’en fait il était sur les lieux ce jour-là. Il m’a expliqué que dans l’entreprise « on » en avait marre, il m’a parlé d’une deuxième personne je ne sais pas si c’était un collègue de travail. Il m’a fait comprendre que ces gamins gênaient leur travail. Il m’a parlé d’une histoire de bennes, j’ai cru comprendre que c’était des poubelles avec du papier. Il m’a raconté ce que faisait les gosses mais je ne m’en souviens pas. Il criait et gesticulait comme s’il se trouvait devant les gosses. Il levait les mains, comme s’il s’adressait aux gosses, il m’a dit qu’il leur avait couru après, il m’a dit qu’il revivait la scène, il était furieux en parlant et il le disait, il a bien insisté sur le fait qu’il était excédé par ces gosses. Il a fait le geste en levant les deux mains. Il a dit qu’il les avait attrapés, il mimait la scène, il était en transe, il était rouge, il faisait peur. On avait en permanence l’impression qu’il revivait la scène."

Alors, une fois encore, l'enquête est rouverte. Les juges d'instruction y travaillent pendant deux ans et décident de renvoyer Henri Leclaire devant les assises, malgré un non-lieu requis par le parquet.

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Après une procédure d'appel, la chambre de l'instruction a finalement décidé que le sexagénaire ne partagerait pas le box des accusés avec Francis Heaulme. Son avocat, Me Thomas Hellenbrandt s'est réjoui :  "La mise hors de cause d'Henri Leclaire est totale. C'est la fin d'un long calvaire." Sauf décision de se pourvoir en Cassation par les parties civiles, le procès devrait donc reprendre là où il s'est arrêté en mars 2014.

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