A 76 ans, "l’ogre des Ardennes" est jugé à partir de ce mardi devant les assises des Yvelines, aux côtés de Monique Olivier. Il doit répondre du seul crime crapuleux qui lui soit imputé : l’assassinat de la femme d’un ancien co-détenu, dans le but de faire main basse sur le magot d’un gang de braqueurs parisiens.

Michel Fourniret a été condamné en 2008 à la perpétuité pour le meurtre de sept jeunes filles.
Michel Fourniret a été condamné en 2008 à la perpétuité pour le meurtre de sept jeunes filles. © Maxppp / Yves Boucau

1984. Michel Fourniret n’est pas encore un tueur en série. C’est pour une dizaine d’agressions sexuelles qu’il atterrit à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, dans l’Essonne. Là, il se lie d’amitié avec son compagnon de cellule, Jean-Pierre Hellegouarch, un braqueur breton proche de l’extrême gauche, qu’il désignera d’ailleurs plus tard comme le parrain de son fils Sélim. 

Peu de temps après sa sortie de prison en octobre 1987, Michel Fourniret est contacté par l’épouse de Jean-Pierre Hellegouarch, Farida Hammiche. Toujours derrière les barreaux, son mari a obtenu un précieux tuyau. De l’or est enfoui dans le cimetière de Fontenay-en-Parisis, dans le Val d’Oise. Le braqueur le tient d’un autre détenu, un Italien qui s’est évadé d’une prison de Rome en hélicoptère avec un membre du "gang des postiches", cette bande de braqueurs qui s’en prend aux banques des quartiers chics de Paris, au début des années 80.

20 kilos d'or

Une nuit, Michel Fourniret, sa femme Monique Olivier, et Farida Hammiche partent donc chercher le fameux magot. À l’arrière d’une sépulture, ils déterrent au moins 20 kilos de pièces et lingots d’or cachés dans une boite à outils rouge. Mais sa part ne suffit pas, semble-t-il, à Michel Fourniret. Trouvant un prétexte pour emmener Farida Hammiche dans la forêt de Rambouillet, il poignarde la jeune femme de 31 ans avec une baïonnette avant de l’étrangler à mains nues, comme il l’expliquera ensuite aux enquêteurs. Monique Olivier est présente. Le corps n’a jamais été retrouvé. 

Le couple Fourniret file ensuite récupérer l’or au domicile de Farida Hammiche. Avec l’argent, il s’offre un fourgon et plusieurs biens immobiliers, dont le château de Sautou, dans les Ardennes, où seront retrouvés en 2004 les corps de deux jeunes filles, Jeanne-Marie Desramault et Elisabeth Brichet

L’ombre des affaires irrésolues

Même si leurs versions divergent sur certains points, Michel Fourniret et Monique Olivier sont passés aux aveux. L’enjeu de ce procès ne sera pas tant la peine prononcée (le couple a déjà été condamné à la perpétuité en 2008 pour le meurtre de plusieurs jeunes filles) mais de voir jusqu’où se délient les langues des deux accusés. Pour déterminer, peut-être, le lieu où le corps de Farida Hammiche a été déposé. Mais aussi, peut-être sur les affaires irrésolues sur lesquelles plane l’ombre de Michel Fourniret. En février dernier, le septuagénaire a reconnu avoir tué deux autres jeunes femmes dans l’Yonne, Marie-Angèle Domece (1988) et Joanna Parrish (1990). Sans oublier l’affaire Estelle Mouzin, dans laquelle la piste Fourniret a récemment refait surface. 

La chronologie criminelle du couple Fourniret laisse en effet apparaître une période blanche d’une dizaine d’années, entre 1990 et 2000. Pour les enquêteurs, il est très peu probable que "l’ogre des Ardennes" n’ait pas commis de crime pendant cette longue période. D'après son avocat, Michel Fourniret "compte collaborer et répondre aux questions, mais sa mémoire est très altérées et les faits anciens".

Le procès doit durer jusqu’à vendredi. 

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