Plus de 17 ans après la disparition d'Estelle Mouzin, Michel Fourniret a reconnu le meurtre de la fillette de neuf ans en 2003, selon une information de France Inter confirmant la révélation du Point. Le tueur en série est, dans ce dossier, poursuivi pour "enlèvement et séquestration suivis de mort". Chronologie.

C'est un visage qui a été placardé partout en France et dont tout le monde a déjà croisé le regard, celui d'Estelle Mouzin, neuf ans, enlevée le 9 janvier 2003.
C'est un visage qui a été placardé partout en France et dont tout le monde a déjà croisé le regard, celui d'Estelle Mouzin, neuf ans, enlevée le 9 janvier 2003. © AFP

Est-ce la fin d'un mystère qui aura tenu 17 ans ? Le tueur en série Michel Fourniret a affirmé être celui qui a fait disparaître et tué la jeune Estelle Mouzin, en 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne), d'après le parquet de Paris. Il était, depuis fin novembre, mis en examen pour "enlèvement et séquestration suivis de mort" dans ce dossier, en plus des condamnations pour les meurtres de huit jeunes femmes et adolescentes. Ces déclarations ont eu lieu lors d'une audition longue de plusieurs jours face à la juge d'instruction parisienne Sabine Kheris, d'après les informations initialement révélées par Le Point et Europe 1.

À l'automne, Michel Fourniret n'était alors pas formellement passé aux aveux et avait affirmé que ses neurones "fichaient le camp". Sa mise en examen avait suivi l'audition de son ex-femme, Monique Olivier, qui avait fait tomber son alibi de toujours. S'il avait toujours affirmé avoir passé un appel téléphonique à son fils le soir de la disparition d'Estelle Mouzin, Monique Olivier avait indiqué avoir passé elle-même cet appel à la demande de son ex-mari, qui ne se trouvait pas à son domicile de Sart-Custinne ce jour-là. 

En janvier dernier, Monique Olivier avait réitéré ses propos, affirmant à la juge d'instruction qu'elle était convaincue que Michel Fourniret avait tué Estelle Mouzin car elle avait "le profil type" des victimes de Fourniret.

Si la prudence est de mise quant aux déclarations de Michel Fourniret, s'il faut se méfier de l'homme, souvent manipulateur, et pour qui un expert a noté une "évolution démentielle", "l'Ogre des Ardennes" n'a pour autant jamais avoué jusqu'alors des crimes qu'il n'avait pas commis. Ainsi, ces révélations peuvent peut-être mettre un terme à 17 ans d'enquête, de recherches et d'attente. 

Chronologie d'une affaire en dix dates

  • 9 janvier 2003, la disparition 

C'est un visage qui a été placardé partout en France et dont tout le monde a déjà croisé le regard. Celui d'Estelle, neuf ans. Le 9 janvier, la jeune fille est enlevée à Guermantes (Seine-et-Marne) alors qu'elle revenait de l'école et se dirigeait vers le domicile de sa mère. Les deux parents sont en instance de divorce et Éric Mouzin, le père, vit au Vésinet, à l'ouest de Paris. 

Les jours qui suivent la disparition, les habitants du village sont questionnés sur leur emploi du temps, leurs habitations sont perquisitionnées. Plusieurs personnes sont placées en garde à vue, puis libérées. Le 18 mars, le procureur de Meaux déclare que l'une des "orientations" de l'enquête "est celle d'une personne avec des appétences pédophiles".

Pendant plusieurs semaines, des moyens considérables sont mis en place par la police judiciaire de Versailles, qui dirige l'enquête : des centaines de perquisitions, des lacs sondés, des forêts fouillées. 

  • Juillet 2003, la (première) piste Fourniret

Quelques mois après la disparition d'Estelle Mouzin, le dossier croise une première fois le chemin de Michel Fourniret. Les policiers français se lancent sur la piste du tueur, arrêté le mois précédent en Belgique. C'est là que l'on découvre l'alibi que Fourniret maintiendra pendant 17 ans ; au moment de l'enlèvement d'Estelle, un appel téléphonique non abouti vers le numéro de son fils.   

Fin juin, le procureur avait distribué le portrait-robot d'un "témoin très important" et des photos d'un véhicule utilitaire blanc. Une fillette de l'école d'Estelle avait dit avoir été importunée par cet automobiliste trois semaines avant les faits.

  • Janvier 2004, un an après, la marche silencieuse

Un an jour pour jour après la disparition d'Estelle Mouzin, plus d'un millier de personnes se rassemblent à Guermantes pour une marche silencieuse organisée par les parents et la classe de la fillette. Le 9 janvier 2004, ils sont plus de 1 200 au total, aux côtés du père d'Estelle, Éric Mouzin, en présence également des chanteurs CharÉlie Couture et Michel Delpech. 

  • 2007, les courriers de Fourniret 

En juin 2007, Michel Fourniret écrit au président de la Chambre d'instruction de la cour d'appel de Reims pour demande à ce que (notamment) le dossier Estelle Mouzin soit associé aux affaires pour lesquelles il doit déjà comparaître devant un tribunal. Il souhaite aussi rencontrer Eric Mouzin. "Fourniret se cherche des distractions en prison, cela doit rompre la monotonie", commente ce dernier à l'époque. Le parquet considère la requête comme irrecevable pour des raisons de procédure.  

  • 2008-2009, les fausses pistes

En 2008, les enquêteurs perquisitionnent un restaurant de Brie-Comte-Robert, 25 km au sud de Germantes, sur la base du signalement d'un journaliste indépendant. Il s'agit finalement d'ossements d'animaux. "Comment imaginer qu'un service de police comme la DRPJ de Versailles aille démolir un restaurant, sur la base d'une information donnée par un 'journaliste', sans la moindre vérification ?", blâme-t-il.

En 2009, les enquêteurs suivent aussi la piste d'une photo repérée sur un site pédophile estonien. Les enquêteurs parlent "d'une ressemblance physique" avec Estelle. Eric Mouzin est alerté par un journaliste italien. "Il me dit qu'il suffit de regarder la date du fichier d'origine : ça n'a rien à voir avec Estelle ! Il y a 300 pages de procédure pour rien ! Simplement pour montrer qu'on fait", raconte à franceinfo Éric Mouzin.  

  • Janvier 2010, le portrait vieilli d'Estelle 

Sept ans après la disparition de la fillette, un nouvel appel à témoin est lancé en même temps qu'un numéro vert et une adresse internet. la photo d'Estelle est vieillie, réalisée par le National Center for Missing and Exploited Children (NCMEC). "Cette photo a une histoire, elle n'est pas faite par les services de police français. Celles qui avaient été produites par les service spécialisés étaient des caricatures. Il a fallu aller aux États-Unis pour faire faire ça", raconte plus tard Éric Mouzin dans une interview à France 5 en 2018.

  • 2011-2014, d'autres faux espoirs

En 17 ans, de nombreuses fausses pistes ont émergé dans l'affaire. Le 9 novembre 2011, un détenu à la prison de la Santé à Paris est placé en garde à vue après avoir été dénoncé par un codétenu. Il est finalement mis hors de cause. 

Une valise, retrouvée en 2012 à Besançon, contenant des coupures de presse et des notes sur l'affaire suscite l'intérêt des enquêteurs. Son propriétaire n'est pas suspecté, il avait 11 ans lors de la disparition d'Estelle Mouzin.  

Après plus de deux ans de recherches génétiques sur des poils et mèches de cheveux retrouvés dans la fourgonnette de Michel Fourniret, les analyses ADN menées à Nantes s'achèvent en 2013 et s'avèrent négatives.  

  • Décembre 2017, la piste Lelandais

Tandis que, près de Grenoble (Isère) Nordahl Lelandais apparaît comme le principal suspect dans les affaires Maëlys et Arthur Noyer, la famille d'Estelle Mouzin demande son audition au sujet de la disparition de leur fille. Une demande de vérification "normale", faite "forcément quand il y a un enlèvement de petite fille" avait expliqué Didier Seban, avocat du père d'Estelle, à France Bleu. Une demande avait été faite en 2015 après l'enlèvement de Bérényss par Éric Fauchard. 

Si, en 2003, Lelandais se trouvait au camp militaire de Suippes (Marne), à environ 150 kilomètres du lieu de la disparition d'Estelle Mouzin, il est ensuite confirmé qu'il était à l'étranger au moment des faits, dans le cadre de ses fonctions militaires. 

  • Janvier 2018, le père d'Estelle attaque l'Etat 

15 ans après la disparition de sa fille, Éric Mouzin décide d'attaquer l'État pour faute lourde car il estime qu'il a "renoncé à chercher" Estelle. Il pointe du doigt la "mauvaise gestion" du dossier et explique n'avoir "plus aucune confiance dans la justice". 

  • 2019, le dépaysement 

S'il avait toujours nié être lié à la disparition d'Estelle Mouzin, Michel Fourniret livre des déclarations qualifiées "d'aveux en creux" par la famille de la fillette. 

Le 25 janvier 2019, la Cour de cassation accepte de dépayser l'affaire à Paris. C'est l'actuelle juge, Sabine Kheris qui récupère officiellement le dossier, en octobre. Septième magistrate à s'occuper de l'instruction du dossier, elle entend Monique Olivier le 21 novembre. L'ex-compagne de Fourniret contredit l'alibi de son mari.  

Le 7 mars, le parquet de Paris indique que le tueur de 77 ans "a reconnu sa participation aux faits".

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