Des migrants kurdes transférés au centre de rétention de Cornebarrieu dans la banlieue toulousaine via l’aéroport de Blagnac
Des migrants kurdes transférés au centre de rétention de Cornebarrieu dans la banlieue toulousaine via l’aéroport de Blagnac © MaxPPP

Dans un communiqué diffusé hier, les magistrats du Syndicat de la magistrature dénoncent les opérations de dispersion des migrants installés dans des camps de fortune par bus et avions, soulignant le « cynisme » et l’inutilité de ces opérations.

"Comment interpréter autrement l’usage que l’administration fait de la procédure d’éloignement de ces étrangers, alors même qu’elle n’a d’autre but, en les dispersant brutalement, que de les dissuader de poursuivre leur route ?", lit-on au quatrième paragraphe du communiqué du Syndicat de la magistrature intitulé "Dispersion et rétention des migrants, les juges en première ligne".

> Lire l’intégralité du communiqué du Syndicat national de la magistrature

La publication fait suite à la décision d’un juge des libertés et de la détention qui, se saisissant d’office, a remis en liberté 46 migrants. Ces derniers avaient été transférés au centre de rétention de Nîmes dans le cadre d’une opération de dispersion des jungles de Calais, réalisée, estime le syndicat, classé à gauche, au moyen d’un "détournement manifeste de procédure".

Le Syndicat de la magistrature réclame "instamment" que cessent "ces opérations de dispersion qui, en les impliquant dans des procédures d’éloignement engagées à des fins manifestement détournées, instrumentalisent les juges des libertés et de la détention". Et exhorte le gouvernement à adopter la "voie plus responsable et respectueuse de l’Etat de droit" consistant à "assumer en actes son obligation de pourvoir aux besoins élémentaires des migrants" qu’il empêcherait de circuler librement.

Très chers inutiles transferts en avions

L’indignation des magistrats du SNM fait écho au témoignage d’Hamed, migrant originaire du Yémen, qu’a recueilli Benjamin Billot. Placé dans un avion et envoyé au centre de rétention de Nîmes, Hamed avait confié que dès qu'il serait délivré, il retournerait à Calais pour tenter à nouveau de passer en Angleterre. Ce qu’il réussit effectivement à faire en passant dans un camion via le tunnel sous la Manche, signant la fin d'un long périple à travers l'Afrique et l'Europe : Yémen, Djibouti, Soudan, Lybie, Italie, France, Calais et Nimes... où il avait été envoyé de manière invraisemblable par avion au centre de rétention, en compagnie d'une quarantaine d'autres migrants, sans précision sur sa destination.

> Le reportage de Benjamin Billot :

Son périple pose la question de l'intérêt de ces (coûteux) voyages en avion de calais vers d'autres centre de rétention : la plupart des 46 migrants arrivés de Calais la semaine dernière à Nimes ont été libérés du centre de rétention. Ils sont aussitôt repartis, remplacé par de nouveaux arrivants transportés en avion également. Qui seront eux aussi, très probablement libérés dans les prochains jours…

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