Depuis ce matin, à Forbach (Moselle), la justice examine plus de 800 dossiers d'anciens mineurs. Exposés à des matières cancérigènes, ils demandent à ce que soit reconnu leur préjudice d'anxiété, en clair, la peur de contracter une maladie.

le procès des mineurs de Forbach
le procès des mineurs de Forbach © PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN / Philippe Riedinger

La Salle des congrès de l'Hôtel de Ville de Forbach, en Moselle, est depuis ce matin et jusqu'à demain après-midi le théâtre d'un procès exceptionnel : d'anciens mineurs demandent la reconnaissance de leur préjudice d'anxiété, après avoir été exposés pendant des années à des substances cancérigènes. La salle peut accueillir 450 personnes.

834 dossiers ont été déposés pour mettre en avant la responsabilité de leur ancien employeur Charbonnnage de France. L'ancien PDG s'est exprimé ce matin, parlant de faits inventés et de réclamations abusives; ce qui n'a pas manqué d'agacer les anciens mineurs présents. Les demandes oscillent enntre 6 000 et 40 000 euros par dossier pour les 360 anciens mineurs présents ce mercredi. Dix plaignants sont morts depuis le début de la procédure.

En moyenne chacun des plaignants a été exposé à 11 substances cancérogènes : amiante, silice, solvants, autant de dangers dont ils ignoraient l'existence. Tous les mineurs sont concernés, qu'ils aient travaillé au fond de la mine, ou au jour.

C'est le cas de Louis Losson , qui a travaillé à la cokerie de 1971 à 1998. 27 ans comme ajusteur mécanicien. Il était aussi délégué mineur du jour. Depuis plusieurs années, il vit avec cette crainte, comme un scénario inexorable, de contracter la maladie.

J'ai plus de chances d'être malade que de rester en bonne santé.

17 audiences avaient déjà eu lieu devant le tribunal des prud'hommes entre juin 2013 et novembre 2015 mais sans réussir à trancher. Cette fois, c'est un juge professionnel, un juge départiteur, qui préside ces deux journées d'audiences. La décision devrait ensuite être mise en délibéré.

La notion d'anxiété ne s'applique pas ici, rétorque Charbonnage de France, s'appuyant sur une loi de 1998 qui liste les sites concernés par le préjudice à l'amiante, et renforcée par un arrêt de la Cour de cassation cette année.

En février 2015, la justice avait reconnu pour la première fois à d'autres mineurs lorrains, employés dans des mines de fer, un préjudice d'anxiété face au risque de développer de graves maladies professionnelles. L'ancien exploitant Lormines avait fait appel de cette décision.

Le compte-rendu, par Rachel Noël, de la première matinée d'audience.

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