Au procès des parents de Bastien, à la cour d'assises de Melun, le témoignage du dernier travailleur social qui a suivi la famille du petit garçon a bouleversé la salle d'audience. Récit.

C’est une violence brute, sans filtre, qui fait irruption dans l’univers civilisé de la cour d’assises. Un message laissé par Christophe Champenois, le père de Bastien, la veille de sa mort. On est le 24 novembre, il est 16H58. Christophe Champenois appelle J.G., le travailleur social qui suit la famille depuis neuf mois. Celui-ci est en arrêt maladie. Christophe Champenois laisse un message. Sa voix est surexcitée, le ton est celui d’un homme en train de perdre ses nerfs.

Allo, c’est Champenois. Y a un gros, gros, gros problème avec Bastien. Il arrête pas de faire des bêtises à l’école, c’est le gros bordel. Si vous vous bougez pas, je le balance du 2ème étage, même si je prends 15 ans, je m’en fous... Faut faire quelque chose, absolument. (La voix se calme un peu.) Je vous remercie, vous pouvez me rappeler quand vous voulez.

Le lendemain, Christophe Champenois mettait son fils dans la machine à laver. L’homme à qui ce message était adressé est à la barre. Grand, costaud, J.G. est littéralement effondré, la tête rentrée dans les épaules. Entre deux sanglots, il raconte. Les dix rendez-vous en deux mois avec Christophe Champenois, Charlène Cotte, et leurs enfants, Marie* et Bastien. « C’était un petit garçon souriant, très dynamique, observateur. Je le voyais aller vers son père. Celui-ci disait qu’il avait de l’autorité, qu’il lui suffisait d’un regard pour qu’il lui obéisse, qu’il ne le frappait pas. » Charlène Cotte ? « Elle était effacée, je l’encourageais à assumer ses compétences de mère ». Le langage est parfois administratif, l’émotion, elle, est réelle et saisit toute la salle. « C’est vrai qu’on s’interrogeait sur la place de Bastien dans cette famille. Marie, c’était l’enfant sage; Bastien, c’était l’enfant turbulent qu’on cadrait, qu’on devait reprendre. » Mais, assure-t-il, les médecins de la PMI n’ont jamais vu de signes de maltraitance. Puéricultrice, recherche de logement, rendez-vous pris avec un psychologue pour Bastien: un accompagnement serré est mis en place. Les parents coopèrent, acceptent les rendez-vous. « Il y avait des potentialités dans cette famille, ça pouvait évoluer. Les choses changeaient, petit à petit. Bien sûr, il ne suffit pas d’une seule fois. »

Cette coopération de la famille? C'était... fictif.

J.G. est éprouvé. Il tient à dire qu’il vit très mal les remises en cause du travail des services sociaux dans la presse. « Je sais que j’ai fait mon boulot », dit-il. « Et je continuerai à le faire. J’ai eu mal. Mais je dois continuer à avancer. » Il a appris la mort de Bastien en même temps qu’il trouvait le message sur son répondeur, le lundi suivant. « Avec le recul, vous en pensez quoi, de cette 'coopération' de la famille » , demande un avocat. « Que c’était… fictif » répond l’assistant social. Pour finir, c’est l’avocat de Christophe Champenois, Me Jean-Christophe Ramadier, qui trouve les mots justes : « Monsieur, vous avez fait votre boulot. Vous avez fait tout ce qui était à faire pour cette famille ».

* le prénom a été changé

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