Edouard Philippe a annoncé mardi une enquête administrative, après que l'enquête de l'IGPN n'a pas établi de lien entre l'intervention de la police et la mort de Steve. David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale, pointe "différents niveaux de responsabilité".

Le corps de Steve a été formellement identifié hier lors de l'autopsie.
Le corps de Steve a été formellement identifié hier lors de l'autopsie. © Radio France / Fabien Pallueau

Hier mardi, le gouvernement a promis de "faire toute la lumière" sur la mort de Steve Maia Caniço il y a plus d'un mois en marge de la fête de la musique à Nantes, soulignant que le rapport de l'IGPN n'établissait "pas de lien" entre l'intervention des forces de l'ordre, qui était "justifiée", et sa disparition.

En envoyant le Premier ministre Edouard Philippe en première ligne, l'exécutif veut éviter que la mort de Steve se transforme en nouvelle affaire politique estivale, alors que l'opposition continue ce mercredi à cibler le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

David Le Bars est secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale, il était l'invité du journal de 13h de France Inter.

FRANCE INTER : Peut-on dire aussi clairement qu’il n’y a aucun lien entre l’intervention des forces de l’ordre et la disparition de Steve ?

DAVID LE BARS : "Je ne l’ai pas interprété comme cela. L’IGPN ne dit qu’une chose : elle dit qu’elle ne trouve pas de lien direct entre la mort du jeune Steve et l’intervention de police. Ça n’exclut pas pour autant qu’il puisse y avoir d’autres éléments par la suite qui établissent ou pas qu’il y en a un. Beaucoup de gens ont déjà asséné des thèses ou des théories, certaines complotistes. On pourrait déjà avoir la décence d’attendre les résultats de l’autopsie de ce jeune homme, pour savoir dans quelles conditions il est décédé. Il y a toute une série d’éléments qui font qu’il faut rester patient : il ne faut pas contester ou dénier le pouvoir des autorités judiciaires et administratives. Je pense qu’on va avancer vers la vérité dans les semaines qui viennent."

Les forces de l’ordre ont repoussé les fêtards de sono en sono. N’y a-t-il pas eu un effet de souricière au bout du quai ? 

"Il y a une dizaine de sonos. Il y en a à peu près 9 qui ont accepté de couper la musique, et il y en a une qui n’a pas accepté. Si on considère que l’intervention de la police est liée au fait qu’il y a un refus d’éteindre la musique, on peut considérer que c’est excessif. Pour autant la police dit une chose différente : elle dit que les gens refusaient d’éteindre la musique, et qu’ensuite les organisateurs de ce soundsystem regroupaient des gens qui seraient les auteurs de violence. Ensuite oui il y a un effet souricière. Il va y avoir une responsabilité des organisateurs : que faisaient des camions soundsystem au bord de la Loire au bout d’un quai, sans protection ? Ça c’est une vraie question de sécurité et de responsabilité."

Y avait-il un autre scénario à privilégier ?

"Un autre scénario aurait été de considérer que cet endroit-là était dangereux. La preuve qu’il l’est : un canot d’une brigade fluviale était prévu en cas de chute à l’eau. Il faut aussi rappeler que de gens sont tombés à l’eau pendant la soirée sans aucun lien avec l’intervention de police. Quand on organise un événement public ou qu’on l’autorise, il y a différents niveaux de responsabilité. Chacun devra assumer comment on a laissé se faire une fête de la musique au bord d’un fleuve, avec 6 ou 7 mètre de marnage, avec les dangers que ça comporte."

L’enquête administrative ordonnée par le Premier ministre veut-elle dire que l’IGPN n’est pas allée au bout de la démarche ? 

"Non, ça veut dire qu’avec l’inspection générale de l’administration, ça va plus loin. On va dans la préfecture, on va voir au niveau des autorités préfectorales, on élargit l’enquête au niveau des responsabilités administratives pour que chacun puisse donner sa version des faits et qu’on puisse avoir des éléments plus précis."

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