L’avocat de l’ex-compagne de l’homme mort à Drancy, en Seine-Saint-Denis, à la suite de son interpellation par la police fin mai dernier, s’exprime pour la première fois après la désignation cette semaine de deux juges d’instruction.

L'interpellation a eu lieu à Drancy en mai dernier (photo d'illustration)
L'interpellation a eu lieu à Drancy en mai dernier (photo d'illustration) © Maxppp / Jean-François FREY / PhotoPQR / L'Alsace

Des témoignages et des premières expertises qui divergent avec plusieurs zones d’ombre : c’est ce qui a conduit cette semaine le Parquet du TGI de Bobigny à ouvrir une information judiciaire et, fait très rare dans ce genre d’affaire, à désigner deux juges d’instruction pour poursuivre les investigations confiées depuis le 24 mai dernier à l’IGPN, l’Inspection Générale de la Police Nationale. 

L’ex-compagne avait elle-même appelé police secours

C’est Karen qui avait appelé le 17 après minuit parce qu’elle se sentait menacée. Son avocat confirme qu’elle va se porter partie civile la semaine prochaine. Toujours en état de choc, elle a confié au journal Le Parisien "Si j’ai appelé la police, c’était pour le protéger, pas pour le tuer". Karen avait sollicité les secours en affirmant que son ex-compagnon cherchait à nouveau à forcer sa porte d'entrée, qu’il était alcoolisé.

Quand l’équipage de police arrive, un brigadier qualifié par une source proche du dossier d’expérimenté demande à Karen, à sa fenêtre, si elle porte plainte. C’était en effet la condition sine qua non pour interpeller celui qui devait passer quelques jours plus tard devant le tribunal, pour des faits de violence similaires perpétrés en décembre 2018. Philippe F. ne supportait pas sa séparation, il avait enfoncé la porte de l’ex-domicile conjugal. "Il lui est arrivé de me pousser, mais il ne m’a jamais tapée. Il souffrait qu’on ne soit plus à côté, moi je voulais qu’il soit enfermé pour qu’il arrête de replonger, qu’il se coupe des dealers, des épiceries qui vendaient de l’alcool, j’étais sûre qu’il y aurait un drame sinon", raconte Karen. 

Le 24 mai dernier, Karen a donc répondu aux policiers qu’elle souhaitait bien porter plainte

Des versions contradictoires

Et c’est là que les choses vont mal tourner. Selon les agents, Philippe, calme au départ mais visiblement éméché, refuse de se faire passer les menottes.

Bousculades, insultes, les premiers coups qui partent, les policiers n’y arrivent pas, une matraque télescopique vole en l’air, avant que l’un des agents ne décide d’utiliser une technique d’étranglement pour maîtriser ce moniteur d’auto-école qui avait pris de la cocaïne ; ce qui expliquerait qu’il "ne sentait pas les coups, qu’il ne se soit pas calmé" raconte un proche des policiers. C’est à ce moment-là que les versions divergent entre d’un côté les voisins qui ont assisté à la scène et l’ex-compagne, et de l’autre les gardiens de la paix de Seine-Saint-Denis. D’abord sur la durée de la prise d’étranglement et ensuite sur le fait que le corps a été laissé par terre pendant près de dix minutes, visiblement inconscient avant que d’autres agents n’arrivent et ne pratiquent un massage cardiaque, en vain. L’arrivée des pompiers, ensuite, n’aura rien pu changer. 

Les premières expertises divergent aussi

Selon le parquet de Bobigny, "il ressort à ce stade que le décès de Philippe F. résulte d’une asphyxie mécanique par compression cervicale associée à un traumatisme crâno-facial", mais on explique dans le même temps que l’analyse toxicologique avec alcool et cocaïne bien présents dans le sang permet de conclure, même si c’est avec beaucoup de prudence selon un proche du dossier, que ce mélange de substances a pu être à l’origine d’une "intoxication aiguë".

Dans cette affaire, tous les policiers et des témoins ont déjà été entendus par la police des polices. L’ouverture d’une information judiciaire et la nomination de juge d’instruction vont permettre aux proches et à l’ex-compagne d’avoir accès rapidement au dossier. "Ce sera fait la semaine prochaine" a confié à France Inter l’avocat Patrick Arapian. "Nous avons beaucoup d’interrogations. Sur les circonstances de la mort, si c’est dû à l’intervention des policiers ou à ce qu’il avait consommé. Ce ne sont pas des accusations, surtout pas, on n’en est pas là, mais on se pose tellement de questions. On attend d’avoir des réponses précises. On a déjà un certain nombre d’éléments - le témoignage très précis d’une voisine par exemple - mais on attend donc d’avoir accès au dossier. Et toujours dans la douleur."  

Pour l’instant, selon nos informations, les juges désignés disposent de trois vidéos de l’interpellation. Mais une autre, filmée par un voisin, aurait été effacée à la demande des policiers. Ce que les enquêteurs de la police des polices cherchent à vérifier. La préfecture de police de Paris que nous avons contactée n'a pas souhaité faire de commentaires.

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