« C’est fou ce qu’une moto peut parler », s’amuse un policier. Car le personnage central de l’enquête sur l’assassinat de Me Sollacaro en octobre dernier (et sans doute de celui de Jacques Nacer en novembre) est un deux roues, une BMW 1200.

En fin d’année dernière, raconte une source policière, un gendarme voulant satisfaire un besoin urgent et naturel s’arrête en bord de route, à une quarantaine de kilomètres d’Ajaccio. Dans la ravine en contrebas, il aperçoit une moto, qui ressemble fort au modèle identifié, grâce aux vidéos, lors de l’assassinat de l’avocat. Afin de "polluer" le moins possible l'endroit et la BMW, c'est un hélicoptère qui la récupère et l'évacue. Ensuite, pendant plusieurs semaines, la police technique et scientifique démonte, désosse et triture la moto dont chaque pièce est répertoriée et analysée avec minutie. Vu le travail engagé, il y a désormais dans la police française des hommes incollables sur le sujet qui pourront aisément se reconvertir en concessionnaires ou commerciaux BMW si jamais leur job ne leur plaisait plus.

Une moto BMW 1200
Une moto BMW 1200 © CC Ramón Cutanda

« Ca nous a offert des surprises », poursuit un enquêteur, qui souligne que la première de ces surprises a été de retrouver la moto quasi intacte. L’habitude est plutôt de l’incendier, afin d’en faire disparaître de potentielles preuves. La BMW 1200 a été volée en 2007, et a sans doute été utilisée dès cette année là, notamment par Pascal Porri, aujourd’hui mis en examen et écroué. Puis elle a disparu de la circulation, avant de réapparaitre, modifiée, dynamisée à l’automne dernier. Le deux roues récupéré est en fait un réassemblage de 3 motos du même type : la fourche, par exemple, a été changée, des câbles ont été remplacés…

Grâce aux modifications apportées, les enquêteurs remontent jusqu’à trois garagistes corses, qui ont eu à travailler sur l’engin. En garde à vue, ceux-ci désignent les commanditaires des modifications. Ils sont placés sous statut de témoins assistés. Et la PJ, samedi 30 mars, interpelle 3 personnes : André Bacchiolleli, à Porticcio, Mickaël Ettori et Pascal Porri à Paris.

André Bacchiolleli jette un Glock 9mm à l’arrivée des policiers : « son arme de service », ironise une source policière, « qui n’a rien à voir avec celle des assassinats Sollacaro et Nacer, qui était un 11,43 ».

Mickaël Ettori et Pascal Porri, arrêtés au domicile personnel de l’avocat de l’un d’eux, Me Garbarini, ont déjà été condamnés : stups pour Ettori (et Bacchiolelli), et tentative d’assassinat pour Porri. Les trois sont présentés aujourd’hui comme les lieutenants du patron de la bande du Petit Bar, Jacques Santoni, surnommé l’Homme de Fer depuis un accident de moto qui l’a laissé paraplégique.

Ettori, Porri et Bacchiolleli formeraient donc l’état-major du Petit Bar, et, c’est l’hypothèse policière, seraient les commanditaires, les ordonnateurs de l’assassinat d’Antoine Sollacaro. Mais ce n'est pas parmi ces trois là qu'on trouverait le duo pilote / tueur. « Il y a les soldats pour ça », analyse une source à la police judiciaire, « les petites mains à qui on confie arme et moto pour remplir le contrat ». On attend donc une 3e phase dans cette enquête, après celle des garagistes et des lieutenants. De toutes façons, Porri, sous bracelet électronique en région parisienne à l’automne 2012, ne pouvait être présent en Corse.

Mickaël Ettori et André Bacchiolleli sont mis en examen pour assassinat et écroués ; Pascal Porri est poursuivi pour complicité, et est reparti en prison. « J’espère qu’il y aura un impact sur Ajaccio », dit un policier, qui veut croire que ces premiers résultats de l’enquête vont aider à convaincre les corses que la police et la justice (« coloniales et donc iniques », aimait plaider Me Sollacaro) ne soufflent pas sur les braises des règlements de compte comme cela leur a été reproché.

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