nicolas sarkozy pourrait revenir "par devoir" en politique
nicolas sarkozy pourrait revenir "par devoir" en politique © reuters

Redevenu "un citoyen comme les autres", l'ancien chef de l'État a été mis en examen hier soir pour abus de faiblesse sur Liliane Bettencourt. La justice le soupçonne d'avoir financé une partie de sa campagne de 2007 avec l'argent de l'héritière.

Ce n'est pas tous les jours qu'un ancien président de la République est mis en examen, moins d'un an après avoir quitté l'Élysée. Et pourtant, le parquet de Bordeaux a décidé de franchir le pas : "M. Nicolas Sarkozy qui bénéficie de la présomption d'innocence s'est vu notifier une mise en examen du chef d'abus de faiblesse, commis en février 2007 et courant 2007 au préjudice de Liliane Bettencourt".L'ancien président de la République avait auparavant été confronté pendant trois quarts d'heure à Patrick Bonnefoy, l'ancien majordome de l'héritière de L'Oréal, Liliane Bettencourt, au Palais de justice de Bordeaux.

Sur quoi cette mise en examen porte-t-elle ? Les explications de Sara Ghibaudo

L'entrevue entre les deux hommes s'est déroulée dans le bureau du juge d'instruction Jean-Michel Gentil et a porté sur le nombre de visites effectuées par l'ancien président au domicile de la milliardaire pendant la campagne présidentielle de 2007, a dit à Reuters l'avocat de l'ex-majordome, Antoine Gillot.Au cours de cette confrontation, Pascal Bonnefoy a confirmé avoir reçu Nicolas Sarkozy en 2007 et l'avoir conduit dans le bureau d'André Bettencourt, époux de Liliane Bettencourt décédé fin 2007, a précisé Me Gillot.

Pour Antoine Gillot, "apparemment,Nicolas Sarkozy ne dit pas la vérité" (interrogé par Sara Ghibaudo).

Nicolas Sarkozy, qui a également été confronté à d'autres membres du personnel des Bettencourt, est ressorti du Palais de justice vers 21h50 jeudi soir. L'ancien chef de l'Etat, qui nie toute malversation, avait été placé fin novembre sous le statut de témoin assisté, à mi-chemin entre celui de simple témoin et une mise en examen.

Indépendance de la justice ou manipulation ?

À droite, cette mise en examen est un coup de tonnerre. "J'ai eu Nicolas Sarkozy au téléphone et nous en avons parlé ensemble ", explique Jean-François Copé, son successeur à la tête de l'UMP. "Comme vous pouvez l'imaginer, il est lui-même dans le même état d'esprit d'incompréhension. Je n'arrive pas à comprendre les motivations de cette mise en examen ".

Jean-François Copé interrogé sur France 2.

Certains à droite, comme le vice-président de l'UMP, dénoncent un acharnement judiciaire mené contre l'ancien chef de l'Etat. Pour Guillaume Peltier "Plus Nicolas Sarkozy est populaire, plus certains tentent de l'empêcher, tout est fait pour le compromettre ou le salir. Il y a une vraie différence entre le tribunal médiatique qui condamne et le tribunal judiciaire qui souvent innocente ."

L'idée d'une forme de "complot" est partagée, notamment par l'autre vice-président de l'UMP.

Pour Laurent Wauquiez, cette mise en examen n'est pas une coïncidence.

Claude Guéant est "surpris et choqué". "Personne ne peut imaginer que Nicolas Sarkozy ait extorqué de l'argent d'une personne faible psychologiquement" se demande l'ancien ministre de l'intérieur et ancien secrétaire général de l'Elysée

Claude Guéant était l'un des invités du 13h de Claire Servajean

> ### Il est légitime de critiquer, mais jeter le discrédit sur des décisions de justice est interdit en France

Les syndicats de magistrats sont outrés des attaques lancées ce matin par Henri Guaino contre le juge Gentil. Le député UMP et ex-conseiller spécial de l'ancien président de la République, a estimé ce matin sur Europe 1 que le juge bordelais Jean-Michel Gentil avait "déshonoré un homme, les institutions, la justice", estimant cette décision "indigne", "irresponsable".

Pour Christophe Régnard, président de l'Union syndicale des magistrats (USM), principal syndicat de la profession, les propos d'Henri Guaino relèvent du pénal, l'USM va donc saisir la Garde des Sceaux et le Président de l'Assemblée nationale.

Christophe Régnard invité de Claire Servajean

Christiane Taubira, a réagi par communiqué dans l'après-midi. La ministre de la Justice assure les magistrats mis en cause de son soutien et "rappelle que l'indépendance de l'autorité judiciaire est garantie par la Constitution".

Pour ce qui concerne Nicolas Sarkozy, la justice a plutôt pris des gants

Le juge Gentil a appliqué à la lettre la loi sur la présomption d'innocence. Une décision prise en collégialité.

Les explications de Sara Ghibaudo

Eva Joly, la députée européenne d'Europe Ecologie les Vert, ancienne candidate à la Présidentielle, rappelle ce qu'elle avait dit durant sa campagne :"le sarkozysme n'ést qu'un abus de pouvoir basé sur un abus de faiblesse "

Eva Joly, est l'une des invités de Claire Servajean

Elle n'est pas la seule à ne pas prendre de gants avec l'ancien chef d'État, et à estimer que la justice a fait son travail dans le cas de Nicolas Sarkozy comme dans celui de Jérôme Cahuzac.

Nicolas Dupont Aignan, ex-UMP, président de Debout la Répuplique, estime que ces affaires changent la donne politique en France.

L'avocat de Nicolas Sarkozy, Maitre Thierry Herzog a immédiatement annoncé qu'il allait saisir la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux pour former un recours et demander la nullité de cette mise en examen.

Le juge d'instruction Jean-Michel Gentil a saisi les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 et des agendas qui attestent l'existence d'une visite chez les Bettencourt le 24 février 2007, au moment d'un des retraits suspects. Une visite que Nicolas Sarkozy ne conteste pas mais qu'il présente depuis le début comme un simple déplacement de courtoisie. Il estime que la validation de ses comptes de campagne par le Conseil constitutionnel prouve qu'ils étaient exempts de reproches.

Nicolas Sarkozy peut-il encore siéger au conseil constitutionnel ?

En théorie et en droit rien ne l'en empêche, comme l'explique le constitutionnaliste Dominique Rousseau interrogé par Stéphane Leneuf

__

Femme la plus riche du monde avec une fortune estimée à 30 milliards de dollars selon le classement Forbes, Liliane Bettencourt, âgée de 90 ans, est en état de démence depuis 2006 au moins selon une expertise versée au dossier. Elle a été placée sous tutelle de sa famille en 2011.

Infographie Sarkozy
Infographie Sarkozy © IDE
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.