Les actionnaires de Nissan, réunis ce lundi à Tokyo, ont voté la révocation du mandat d'administrateur de Carlos Ghosn, coupant ainsi tout lien avec celui qui a sauvé et dirigé le groupe pendant près de deux décennies et qui se trouve aujourd'hui en prison.

Carlos Ghosn et son épouse Carole quitte le bureau de leur avocat Junichiro Hironaka à Tokyo, le 3 avril 2019
Carlos Ghosn et son épouse Carole quitte le bureau de leur avocat Junichiro Hironaka à Tokyo, le 3 avril 2019 © Radio France / Kazuhiro NOGI

La direction du constructeur s'était empressée de destituer de la présidence le tout-puissant magnat de l'automobile juste après son arrestation initiale le 19 novembre, mais il fallait l'aval des actionnaires pour le démettre de son poste d'administrateur. Cette assemblée générale extraordinaire, qui a duré trois heures, s'est ouverte sur les "regrets" du patron exécutif, Hiroto Saikawa, et une longue révérence d'excuses de l'ensemble de l'équipe, selon la tradition japonaise, devant près de 4 200 participants, évoquant à plusieurs reprises "un important jalon".  

Il s'est passé quatre mois depuis l'événement de novembre, Nissan est à un moment critique pour tirer un trait et franchir une nouvelle étape dans la réforme de gouvernance

Cet ancien fidèle de Carlos Ghosn a redit son "choc" quand il a pris connaissance des résultats de l'enquête interne de Nissan, qui a mis au jour les malversations présumées, détaillées une nouvelle fois lundi. Hiroto Saikawa a reconnu "de sérieux problèmes" de gouvernance, "la peur des employés" qui n'osaient s'opposer à Carlos Ghosn et a promis de passer la main une fois qu'il aurait "remis la compagnie sur la voie de la croissance". 

Outre le renvoi de Carlos Ghosn, l'AG a aussi approuvé celui de son ex-bras droit Greg Kelly, inculpé sur un volet de l'affaire, et a entériné l'élection comme membre du conseil d'administration du président de Renault, Jean-Dominique Senard. 

Ghosn crie au complot

L'AG se déroulait quelques jours après une nouvelle interpellation de l'ex-PDG de Renault-Nissan, désormais réduit au silence alors qu'il avait annoncé une conférence de presse pour le 11 avril. Déjà inculpé à trois reprises, l'ex-patron du géant auto est actuellement entendu par les enquêteurs du parquet de Tokyo sur des soupçons de détournement de fonds de la firme. 

Avant d'être renvoyé dans la prison du quartier de Kosuge (nord de Tokyo) où il avait déjà passé plus de 100 jours, Carlos Ghosn n'a pas épargné Nissan. Il s'est redit victime d'un "complot" orchestré par des dirigeants du groupe nippon souhaitant empêcher un projet d'intégration plus poussée avec Renault. Une vidéo "désignant les responsables de ce qui lui est arrivé", selon son épouse, sera diffusée mardi

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