Comme tous les jours, il y a du monde au dépôt du palais de justice de Paris, même le jour de Noël. Une association de jeunes avocats parisiens s'est mobilisée pour adoucir un peu cette journée particulière.

Les cellules du dépôt du Palais de Justice de Paris
Les cellules du dépôt du Palais de Justice de Paris © AFP / Miguel Medina

C'est Noël, et ce sont aussi les vacances judiciaires : aucun procès, ou presque, ne se tient au palais de justice de Paris. 

Restent juste les comparutions immédiates, qui fonctionnent tout le temps : ce sont les personnes jugées immédiatement à l'issue de leur garde à vue, pour des délits simples qui ne nécessitent pas d'enquête. 

Toutes ces personnes séjournent, en attendant de passer en jugement, au dépôt : c'est une prison au rez-de-chaussée du palais de justice, aussi appelée "la souricière". Les cellules peuvent héberger jusqu'à 70 hommes et 18 femmes, répartis en deux quartiers. Y passent aussi ceux qui attendent d'être convoqués par un magistrat pour une mise en examen.

"Pour les déferrements, il n'y a pas de Noël ou de jour de l'An : il peut y avoir 50, 60 personnes facilement ces jours-là", explique Anne-Sophie Laguens, avocate et présidente du Barreau des rues. 

Les avocats Anne-Sophie Laguens et Stephen Chauvet, fondateurs de l'association "Barreau des rues", avec Soeur Dominique
Les avocats Anne-Sophie Laguens et Stephen Chauvet, fondateurs de l'association "Barreau des rues", avec Soeur Dominique © Radio France / Corinne Audouin

Au vestiaire des avocats, Stephen Chauvet tient un grand sac blanc rempli à ras bord :  "Chocolats, bonbons, gâteaux, nougats, marbré.. On a vraiment de tout !".  La toute jeune association n’en est pas à sa première collecte auprès des avocats parisiens : début décembre, ses membres ont récupéré une centaine de paires de chaussures, pour les déférés qui, arrêtés au saut du lit ou dans la rue, sont parfois pieds nus. 

Pour Noël, le Barreau des rues avait envie de quelque chose de spécial. "Dans cet épisode de leur vie qui n'est pas facile, l'idée c'est de leur apporter un tout petit peu d'humanité, c'est pas grand-chose, mais c'est mieux que rien" explique Anne-Sophie Laguens.

"On a prêté serment, un serment d'humanité, on a également la solidarité, qui sont des valeurs très importantes qu'on utilise tous les jours... Et le faire en dehors aussi de notre activité d'avocat, pour nous c'est essentiel" ajoute Stephen Chauvet, vice-président de l'association.

Passées les grilles du dépôt, les douceurs sont récupérées par Sœur Dominique. C'est elle qui va les distribuer, ce matin du 25 décembre. Un moment très fort, raconte la religieuse, qui est "affectée" ici depuis 12 ans. 

"Le matin de Noël, nous sommes accompagnées dans le quartier hommes, et de cellule en cellule, nous allons proposer, tout simplement, une tasse de café, et des gâteries, chocolats, biscuits... Des petites choses, mais qui ce jour-là, leur font penser qu'ils existent. Ils sont en général très touchés, très émus : ils disent, comment, quelqu'un a pensé à moi ?" 

Soeur Dominique est membre de la congrégation des sœurs de Marie-Joseph et de la Miséricorde, qui assurent des permanences au quartier femmes du dépôt depuis 1865. Aujourd'hui, elles ne sont plus que trois religieuses, renforcées par des bénévoles. Elle est rassurée par l'abondance de friandises apportées par les avocats : il en restera, c'est sûr, pour les déférés du Nouvel An.

D'autres collectes seront organisées en janvier par le Barreau des rues, notamment pour les femmes détenues de la maison d'arrêt de Versailles.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.