L'ambassadeur du Vatican en France doit être confronté aux hommes qui l'accusent d'agressions sexuelles cette semaine. Plusieurs plaignants s'interrogent : à quoi bon ce face-à-face s'il bénéficie toujours de son immunité diplomatique ?

Le représentant du Vatican en France, accusé d'agressions sexuelles, va bientôt être confronté à ses accusateurs
Le représentant du Vatican en France, accusé d'agressions sexuelles, va bientôt être confronté à ses accusateurs © Maxppp / Alexandre Marchi

"Je ne suis pas du tout traumatisé, mais tout le monde ne réagit pas comme moi" : Benjamin, 39 ans, fait partie des quatre hommes qui ont porté plainte contre Monseigneur Luigi Ventura, 74 ans, ambassadeur du Vatican en France. "C'était en 2018, lors d'une cérémonie protocolaire à la mairie de Paris", raconte-t-il. "J'étais en train de travailler et de prendre des photos et des vidéos. Je sens une personne qui se met à côté de moi. Cette personne pose une main sur mon épaule et avec l'autre main m’attrape la fesse gauche. Là, j'ai un petit moment de sidération. Je me retourne et je vois un homme, de 75 ans avec un col romain ! Mes collègues me disent que c'est l'ambassadeur du Vatican en France". 

Benjamin ne s'imaginait pas en victime d’agression sexuelle

Benjamin prend alors plutôt la situation "à la rigolade" : "Je suis un homme blanc de 40 ans, je ne me vois pas comme l'archétype de la victime d'agressions sexuelles. Mais un an plus tard, je suis contacté par la police judiciaire après la plainte d'un jeune homme pour des faits exactement similaires. J'ai compris alors que c'était une agression sexuelle et que l'auteur avait manifestement l'habitude de ce genre de gestes, avec beaucoup d'assurance et de tranquillité". Sa confrontation, fixée à mercredi, il ne la redoute pas : "Le Nonce coopère. Je suis très content... mais je veux que la procédure aille jusqu'au bout". 

Car dans cette affaire, Mgr Luigi Ventura pourrait très bien refuser toute rencontre avec les victimes, puisqu'il bénéficie toujours de l'immunité diplomatique. Il avait déjà accepté d'être entendu au siège de la Nonciature, par un officier de police judiciaire, le 3 avril dernier. Pour autant, il reste protégé par son statut et peut, à tout moment, se retirer de la procédure. 

Des confrontations sans levée de l'immunité diplomatique

Les plaignants s'interrogent maintenant sur l'utilité de ces confrontations dans ces circonstances. "Quand d'autres victimes me contactent pour me dire 'j'ai peur de me retrouver face à lui, et au bout du compte, qu'est ce qu'il adviendra puisqu'il est juridiquement protégé', qu'est ce qu'on répond à ces gens-là ?", questionne Mathieu de la Souchère, le premier à avoir porté plainte. 

Son avocate, Antoinette Fréty, renchérit "le Nonce ne risque rien au final et il met en difficulté les victimes. Ce qu'elles attendent, ce ne sont pas des confrontations de pacotille, ce sont des réponses et le droit de voir l'ambassadeur jugé conformément aux dispositions de la loi pénale française". 

Le Vatican a reçu depuis quelques temps déjà la demande de levée d'immunité diplomatique du Nonce, transmise par le Quai d'Orsay, mais le Saint-Siège n'a pour l'heure pas communiqué sur les suites données à cette affaire. 

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